‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 136 sur 294 · CHAPITRE XII 20I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII 20I

— Dites mieux, répliqua Henri avec colère; il « n'a plus souci de mon service, et en voilà bien la « preuve I »

La raison donnée par Ernulf était valable ; mais était-elle la seule? Nous croyons que Henri devinait juste, et sa politique subissait là un grave échec. Thomas, qui n'admettait à son service aucun clerc engagé envers le Roi, ne pouvait demeurer lui-même plus engagé que personne à titre de lord Chancelier. En résignant sa charge il reprenait toute sa liberté, rayant du même coup le titre de servitude que Henri avait pensé inscrire sur la chaire primatiale. La raison qu'il alléguait suffisait d'ailleurs amplement à motiver sa résolution ; mais Henri ne s'y trompa point. Néanmoins, passé le premier moment d'irritation, il reprit à l'égard de Thomas l'attitude bienveillante qu'il avait adoptée, mais seulement pour gagner du temps et reprendre ses avantages.

De son côté, l'Archevêque était à l'œuvre et poursuivait sa tâche ingrate, marchant droit devant lui, sans faiblesse, mais avec toute la prudence possible, afin de n'être pas responsable du conflit qu'il prévoyait. C'est pourquoi il avait demandé l'assentiment royal avant de procéder contre les détenteurs de terres ecclésiastiques. Il est vrai, en accordant son consentement, le Roi ne prévoyait pas que l'Archevêque allait lui réclamer le château de Rochester, un des plus forts du royaume, en produisant la charte authentique de donation à l'Église métropolitaine, scellée du sceau de Guillaume le Conquérant; il ne pensait pas que Thomas revendiquerait, sur de bons titres encore, les domaines de Saltwood et de Hythe, détenus par la couronne ; mais Henri ne paraît pas avoir pris ombrage de ces réclamations fondées. D'autre part, le primat

entreprenait de faire rendre gorge à Guillaume de Ros, qui occupait un fief usurpé par lui dès la mort de Thibaut; mais le chevalier ayant déclaré que le domaine relevait du Roi, l'Archevêque ne voulut pas urger la cause, qui cependant était assez claire, et il remit l'examen de la question à l'époque où Henri serait rentré en Angleterre (i).

Or le Prince ne reparaissait pas. En vain l'appelait-on pour procéder en sa présence à l'élévation du corps d'Edouard le Confesseur, canonisé le 7 février 1161 par le Pape Alexandre III (2); toute l'Angleterre attendait avec impatience la glorification du saint roi. Enfin, dans les derniers mois de l'année 1162, Henri fit annoncer son arrivée, et l'avant-veille de Noël il débarquait à Southampton. Le primat était accouru pour le recevoir, amenant avec lui le prince héritier. Le roi accueillit l'Archevêque avec des démonstrations d'amitié qui rappelaient l'intimité des anciens jours, non pas pourtant sans une nuance de réserve qui fut remarquée.

La première entrevue fut courte, et le primat se hâta de prendre congé de Henri qui avait besoin de repos après la traversée ; mais dès le lendemain tous deux se mirent en route pour Londres, chevauchant côte à côte, et s'entretenant sans témoins pendant tout le trajet. Du moins l'escorte pouvait-elle constater que la plus grande cordialité paraissait régner entre eux. Peutêtre le Roi, de nature impressionnable, ne pouvait-il se défendre d'une satisfaction réelle en retrouvant son ancien ami; et Thomas, de son côté, n'avait point oublié comment il pouvait charmer le prince. Disons-le pourtant: dans le cœur de Henri un calcul

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