‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 137 sur 294 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

peu honorable se mêlait à un reste d'affection (i). Poursuivant un but qu'il souhaitait vivement atteindre, il avait besoin du concours de l'Archevêque, et il était important de l'obtenir sans que Thomas se doutât des véritables intentions du Roi. En face d'un fin diplomate comme l'ancien Chancelier, aucune précaution n'était de trop.

L'entretien roula d'abord sur la grave question qui commençait à s'imposer à l'attention, celle des libertés de l'Église. Nous savons ce qu'elles devenaient dans le plan du souverain. 11 aurait voulu, nous dit-on, faire revenir Thomas sur sa démission, sur les poursuites déjà intentées par lui, et obtenir quelques promesses favorables aux coutumes régaliennes (2). L'Archevêque répondit en termes sagement mesurés qui n'engageaient rien ; mais un autre sujet occupa certainement les deux interlocuteurs. Les biographes n'en parlent pas, et cependant il suffisait de considérer ce qui se passa vingt-quatre heures plus tard pour deviner le sujet de l'entretien.

Comprenant bien que l'Archevêque ne se ferait pas l'instrument de sa politique à l'égard de l'Église, Henri avait cherché un allié ; son choix était habile, car le prélat sur lequel il avait jeté les yeux était entouré de la considération universelle, instruit, actif, et plein de ressources. Le Roi voulait le placer sur le siège de Londres, vacant depuis deux ans ; mais pour obtenir ce transfert, chose alors très-rare, il avait besoin d'être appuyé par le primat d'Angleterre. Thomas y consentirait-il, puisque le prélat qui occupait la pensée de Henri

1. Roger d*,- Pontigny, l'Anonyme de Lambeth, s'accordent à dire que l'attitude du Roi était calculée. Ralph de Diceto dit expressément que l'on pouvait lire la désaffection sur le visage de Henri.

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