‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 145 sur 294 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

s'ébranla, et au-devant de lui sortirent non seulement les bourgeois, mais aussi les dignitaires ecclésiastiques assemblés de tous les points de la chrétienté. Les Cardinaux eux-mêmes, rompant avec l'étiquette romaine, s'avancèrent jusqu'cà une certaine distance, tandis que deux d'entre eux seulement restaient auprès de la personne du Pape. Le primat d'Angleterre alla droit au palais du Pontife romain ; mais telle était la foule des prélats qui l'escortaient, que le Saint-Père dut passer de l'appartement où il attendait dans une des grandes salles, pour que la réception pût avoir lieu. Elle fut pleine de bonté de la part d'Alexandre III ; l'audience d'ailleurs fut courte. LArchevêque étant fatigué du vovage ; avec sa suite il se rendit au château royal, voisin du palais apostolique, et préparé pour le recevoir.

Le lendemain se présentèrent une foule d'ecclésiastiques de tous rangs et de tous pays, ainsi que de nombreux seigneurs, spécialement les hommes du Roi d'Angleterre. Au concile étaient réunis dix-sept Cardinaux, cent vingt-quatre évoques, quatre cent quatorze abbés. L'Église d'Angleterre y était représentée dans une proportion inusitée, trois évêques seulement n'ayant pu passer la mer, à savoir ceux de Winchester, de Bath et de Lincoln. L'assemblée s'ouvrit le iq mai dans l'église Saint-Maurice. Ce jour était le dimanche octave de la Pentecôte, et par conséquent pour Thomas le premier anniversaire de sa consécration épiscopale. Avec ses suffragants, il prit séance à la droite du Pape ; à la gauche se plaça Roger de Pont-l'Évôque, métropolitain d'York, assisté de l'évêque de Durham, qui se trouvait alors son unique suffragant, le siège de Carlisle étant vacant. Le sermon d'usage fut prêché par Arnulf de Lisieux.

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L'acte le plus grave qui marqua ce concile fut la sentence d'excommunication fulminée solennellement contre l'antipape Octavien et ses adhérents ; parmi ceux-ci, l'Europe entière distinguait des têtes couronnées. Henri II lui-même pouvait trouver dans cette sentence un avertissement salutaire contre des tendances secrètes qui plus tard se dévoileront ; mais bornons nous à relever ici ce qui intéresse particulièrement l'histoire de saint Thomas. A sa requête, plusieurs privilèges de l'Église de Cantorbéry furent confirmés. Un fait d'une nature différente mérite davantage notre attention.

Le Pape Alexandre III avait, par un décret de date récente, réservé désormais au Siège apostolique le ■droit de canonisation, et c'était dans les grands conciles surtout qu'il estimait opportun de prononcer des jugements aussi graves. L'Archevêque de Cantorbéry jugea donc l'occasion favorable pour faire décerner les honneurs du culte public à son illustre prédécesseur Anselme. Thomas prévoyait trop clairement quels seraient ses propres combats pour ne pas vénérer spécialement le pontife qui en avait jadis soutenu de pareils, pour la même cause, dans le même royaume, sur le même siège. Faire proclamer la sainteté d'Anselme, obtenir qu'il fût proposé aux hommages et au culte de la chrétienté, c'était s'assurer au ciel un protecteur puissant dans les luttes à venir. Thomas Becket le comprenait, et d'ailleurs les attraits de son cœur allaient de pair avec les conseils de sa foi, car il goûtait particulièrement les écrits et la piété du grand Docteur. Il fit donc composer par Jean de Salisbury une vie du grand confesseur de la liberté ecclésiastique, vie que nous possédons encore ; et pendant le concile de Tours, il présenta au Pape Alexandre III une instante requête à l'effet

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