‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 146 sur 294 · CHAPITRE Xm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xm

d'obtenir le solennel jugement qu'il souhaitait. Le Souverain Pontife ne put donner une réponse immédiate, et l'assemblée se sépara. Mais pour être retardée, la solution ne devait pourtant pas être moins conforme aux désirs du primat. Thomas était de retour à Cantorbér}- lorsqu'il reçut des Lettres apostoliques, datées de Tours, g juin. Alexandre III disait que d'abord la prudence lui avait ordonné de surseoir, attendu le grand nombre de causes semblables introduites à la cour pontificale ; d'où la difficulté de procéder convenablement aux enquêtes nécessaires. Mais dès ce jour le Pape conférait au primat d'Angleterre des pouvoirs spéciaux pour convoquer les évêques et les abbés de sa province, examiner avec eux la vie et les miracles d'Anselme, et procéder d'après leur avis à la canonisation, comme délégué du Saint-Siège. Malheureusement les troubles qui allaient survenir devaient empêcher que saint Anselme fût placé sur les autels par le ministère de saint Thomas Becket.

Quelques jours après son retour en Angleterre, l'Archevêque se rendit à l'abbaye de Reading, pour faire en grande pompe la dédicace de l'église. Le monastère avait été relevé de ses ruines par le Roi Henri I", dans les premières années du xif siècle, et peuplé par des moines de l'observance de Cluny. Henri I" y fut enseveli, et Reading marcha désormais de pair avec les plus illustres abbayes d'Angleterre. Son église était enrichie d'une relique précieuse, qui aurait fait à elle seule la gloire du monastère restauré : c'était une main de l'Apôtre saint Jacques le Majeur. L'impératrice Mathilde l'avait apportée d'Allemagne en même temps que les insignes de son impériale dignité. Ce trésor a survécu à la puissante abbaye qui s'honorait de le posséder: découvert il y a trente ans environ sous les ruines,

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il est passé en des mains catholiques et reçoit les honneurs qui lui sont dus (i).

L'histoire de Reading compta peu de jours aussi glorieux que celui où saint Thomas de Cantorbéry fit la dédicace de son église ; mais la bénédiction des saints ne s'efface pas. Un jour vint où un autre Henri, roi d'Angleterre, porta sur les monastères fidèles à l'Eglise romaine une main sacrilège. A cette heure où la victoire était donnée à la puissance des ténèbres, trois abbés -bénédictins eurent le glorieux privilège d'attirer particulièrement la vengeance de Henri VIII. Colchester, Glastonbury et Reading restaient les dernières citadelles du monachisme attaché à la foi orthodoxe : les abbés de ces trois monastères furent condamnés au gibet, et exécutés près de leurs abbayes ; Rome conserve leurs images parmi celles des martyrs.

L'année ne devait pas finir sans que Thomas Becket eût présidé à une autre fonction solennelle, l'élévation et la translation du corps de saint Edouard, qui eurent lieu en grande pompe le 13 octobre sous les voûtes de Westminster. Le Roi, entouré de tout le haut baronage d'Angleterre ainsi que de très nombreux évêques, assista à la cérémonie, où l'on revit pour quelques instants Edouard le Confesseur, dans toute sa majesté royale rehaussée encore par l'éclat de la sainteté. Henri II porta lui-même sur ses épaules l'arche de bois où l'on avait déposé le corps vénérable, mais aucun retour sur lui-même ne fut le fruit de cet acte de piété. Il ne sentit point la condamnation que portait ce réveil du Bon roi Edouard contre des actes dont Westminster même avait été le théâtre quelques jours

I. A Danesfield, près Great Marlow, où se trouve le château de M. Scott Murray, Esq. C'est au généreux châtelain, converti vers 1848, que l'Église doit la découverte et la conservation de l'insigne relique.

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