‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 149 sur 294 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

pule de bon chrétien, dont le moindre défaut était cependant l'invraisemblance. Thomas savait à quoi s'en tenir; mais le prince témoignant les dispositions les plus mauvaises, refusant même de voir le primat, celui-ci crut devoir encore une fois céder. L'accuserat-on de faiblesse? Lui reprochera-t-on de n'avoir pas poussé à fond le duel dès la première passe? Au moins qu'on ne parle plus de ses emportements, puisqu'on serait tenté de trouver excessive la longanimité dont il faisait preuve. Du reste, elle ne profitait guère à la pacification, car à Windsor le Roi déclarait bien haut ne savoir aucun gré de l'absolution accordée à Guillaume d'Eynesford ( i ).

Sur un terrain où du moins on ne pouvait lui reprocher d'empiétements, Thomas se détermina à tenter un effort puissant. Saisissant une occasion où il officiait pontificalement en présence du Roi et de la cour, il prononça une éloquente homélie, dans laquelle il aborda nettement les principes qui régissent les relations des deux pouvoirs entre eux: l'allégorie des deux glaives, la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, furent développées et établies sans hésitation ni réticences. A quoi bon, entendons-nous dire, à quoi bon pareille provocation en un moment où le prince était si mal disposé ? Il en fut aigri, nous l'apprenons des biographes eux-mêmes ; et, en vérité, la situation réclamait de la prudence et des ménagements, bien plutôt que d'agressives déclarations sur un sujet brûlant. — Pourtant si l'on veut bien y réfléchir, on verra dans l'acte du primat d'Angleterre l'accomplissement d'un devoir rigoureux, et par surcroît une détermination plus habile que toutes les prudentes retraites. En effet, comment le Roi en était-il venu à poser en

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