‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 173 sur 294 · CHAPITRE XV 2S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV 2S

siens : mais, hélas, il ne pouvait empêcher ni prévoir toutes les lâchetés^ ni surtout les trahisons.

Le lendemain^ de grand matin, Henri II fit demander à l'Archevêque la résignation de tous les fiefs et châteaux remis entre ses mains, même au temps où il était Chancelier d'Angleterre. Thomas fit sur-le-champ ce que le Roi requérait ; et aussitôt reçue la réponse du primat, Henri quitta Londres, sans prendre congé des évêques, sans recevoir aucun d'eux. Ce départ menaçant jeta le désarroi parmi les prélats déjà fort perplexes, et la perfidie d'un évêque étranger vint achever l'œuvre de la peur.

Celui qui se chargea d'un tel rôle fut l'homme que nous connaissons déjà trop, Arnulf de Lisieux. Tour à tour insulteur de la reine Mathilde et adulateur de Henri, puis disgracié, et alors solliciteur obséquieux auprè* du Chancelier, cet homme avait pris la plume pour écrire à l'Archevêque nouvellement élu, le féliciter, et en quels termes ! « Un grand prophète s'est '< levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Vous « nous commanderez comme à votre sujet, prêt à vous « obéir et à vous servir en toutes choses (i).» Arnulf n'était point soumis à la juridiction du primat d'Angleterre ; mais tout évêque est solidaire de ses frères dans l'épiscopat, quelle que soit leur nationalité. Comment se lavera-t-il du crime de trahison s'il vient jeter la confusion dans leurs rangs en face de l'ennemi?^ Tombé une fois encore en disgrâce, Arnulf avait passé la mer pour chercher un moyen de rentrer en faveur; ce fut à Salisbury qu'il trouva le Roi, tout brûlant de colère après l'échec subi à Westminster. Pour un politique, il pouvait y avoir là une occasion de se réhabiliter :

I. Ep. Arnulfi ad Thomam Cantuar. Archic-p. Materials, t. v, page 20.

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« Voilà, dit-il, un différend vraiment épineux ; et « quand finira-t-il ? Jamais l'Archevêque ne se sou- « mettra, du moins aussi longtemps que les autres pré- « lats feront cause commune avec lui. Les amener tous « à votre sentiment, il n'y faut guère songer. Mais ne « pourriez-vous du moins en gagner quelques-uns ? « Croyez-moi, sire, travaillez-y ; ceux-là une fois « conquis, les autres n'offriront plus de résistance bien « sérieuse. Et alors, si l'Archevêque s'obstine à lutter « seul, sa défaite sera certaine. Qui sait même ? avec « le concours de l'épiscopat, il se pourrait qu'on obtînt « assez facilement de faire prononcer contre lui la « suspense par le Souverain Pontife. »

Malheureux ! un jour toi-même tu descendras de ton siège sous le coup de la suspense fulminée par l'autorité apostolique. Le ciel aura vengé son martyr.

Henri II a compris l'insinuation du traître. Il mande à Glocester l'évêque de Chichester, qu'il a vu naguère faiblir et s'isoler de ses frères : Hilaire tombe aux genoux du Roi. Puis ce sont Roger d'York et l'évêque de Lincoln ; enfin Gilbert Foliot, qui donne ainsi dans les filets que le Roi a depuis quelque temps jetés devant ses pas.

Les deux premiers prélats du royaume après l'Archevêque se sont donc rendus à merci. Thomas n'en est point ébranlé. Une lettre du Saint-Père, datée de Sens, 26 octobre, vient d'ailleurs le fixer à son poste. Alexandre III répond au message que le primat d'Angleterre lui a fait parvenir avant l'assemblée de Westminster; il compatit aux agitations et aux afflictions de ^< son très cher frère » ; maître Henri, le porteur de la lettre, lui a tout raconté en détail. Que Thomas, ajoute le Pape, se réjouisse maintenant à l'exemple des Apôtres, lorsqu'ils sortirent du conseil des Juifs.

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