‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 181 sur 294 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le seul fait de la convocation d'un nouveau parlement prouvait assez à Thomas Becket la fausseté des promesses royales. Henri n'avait demandé qu'un mot de déférence et de respect, après quoi on ne devait plus parler de toute cette affaire ; la démarche était faite; et pourtant il fallait encore une réunion solennelle des deux ordres pour être témoin de l'engagement pris par l'Archevêque ! Évidemment on n'assemblait point le parlement pour poser un acte dont plus jamais ensuite on ne devrait tenir compte ; bien au contraire, l'engagement serait d'autant plus sérieux et définitif qu'il aurait été pris à la face du peuple tout entier. Mais puisque le Roi voulait considérer comme provisoire la promesse faite à Woodstock, l'Archevêque, de son côté, prit la ferme résolution de la tenir aussi pour telle, de se regarder comme dégagé lorsqu'il arriverait à Clarendon, et de ne point renouveler une concession qu'il regrettait déjà. Au regard du Pape, il se considérait aussi comme libre ; en effet il avait réfléchi, et jugeait que dans un cas aussi grave, la prudence commandait d'attendre du Pontife romain un ordre précis, non l'expression plus ou moins vague d'un désir formulé en termes généraux. D'ailleurs il était d'ores et déjà manifeste

qu'Alexandre III était trompé par la diplomatie du Roi.

Le parlement avait été convoqué à Clarendon pour la seconde quinzaine de janvier 1164. Lorsque l'Archevêque et les autres prélats se réunirent, ils trouvèrent partout les indices menaçants de la colère royale. Henri avait connu le dessein du primat, grâce au réseau d'espionnage dont il l'avait enveloppé ; de là chez le prince un redoublement de fureur. Hommes d'armes et chevaliers allaient et venaient, tout armés, l'air arrogant et affairé. Certainement des ordres étaient donnés, et il était évident que le Roi tenait l'épée suspendue sur la tête de l'Archevêque. L'intimidation était donc flagrante, et de ce chef toute délibération se trouvait d'avance frappée de nullité ; mais n'iraiton pas plus loin encore, et le château de Clarendon n'allait-il pas être témoin de quelque horrible tragédie ? Tout semblait le présager ; l'effroi gagnait les prélats, et la séance s'ouvrit sous de menaçants auspices.

Le Roi prend la parole, et en termes impérieux somme l'Archevêque de renouveler l'engagement formulé à Woodstock; mais Thomas ne répond que par des formules dilatoires, et manifeste assez clairement son intention. Henri laisse aussitôt déborder sa colère et sort de la salle ; la confusion et le tumulte se répandent parmi l'assemblée ; des groupes nombreux se forment, s'agitent au milieu du bruit, et l'on y voit briller par instants les sombres reflets des hauberts, les sinistres éclairs des dagues et des haches d'armes. Les prélats anxieux se serrent autour de leur chef. Thomas cependant, calme et serein, cherche à relever le courage de ses frères : on dirait que le vainqueur de la Gascogne, l'ancien adversaire d'Enguerrand de

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