‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 186 sur 294 · CHAPITRE XVl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVl

tion du Roi. Ht si Vagrémcnt royal est octroyé, Von devra do/uicr caution pour tout acte qui serait fait ou. tenté à Vétranger au détriment du royaume.

Désormais donc l'Angleterre est une vaste prison ! Plus de pèlerinages possibles aux Lieux Saints. Dans le cas où le Pape convoquerait un concile, le Roi aurait le droit d'interdire aux évêques de s'y rendre, si pour le moment il se trouvait en désaccord avec le Souverain Pontife. Les évêques oublieront-ils donc qu'il '■< faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ? » De leur part sans doute il est de toute convenance de prendre congé du Roi avant de s'embarquer ; mais prétendre leur arracher le serment de ne point partir si le Roi n'v consent, c'est aller contre la justice et la religion.

Articlk VI. Aucun tenancier en chef de la couronne, ni personne de la maison du Roi, ne pourra être frappé d'exconununication, ni ses terres d' interdit, avant que le Roi n'ait été averti, afin qiC il puisse faire lui-même justice^ et départisse aux cours de justice hiique et ecclésiastique ce qui revient à chacune d'elle respectivement dans la cause.

C'est proclamer purement et simplement la déchéance de l'Eglise. Elle a reçu de Dieu même un glaive spirituel qu'on l'empêche de manier. Elle a mission de Dieu pour discerner ce qui relève de la conscience, et l'on veut transférer au Roi ce pouvoir, d'ordre tout spirituel.

Articlh \^1I. Les appels seront interjetés de V archidiacre à Vévêque, de celui-ci à V Archevêque. Dans le cas oh ce dernier ne ferait pas justice, V appel sera porté en dernier ressort au tribunal du Roi, par Fordre duquel la procédure sera suspendue en la cour de V Archevêque ; et elle n'y pourra

êlrc ultén'eiii'cinent reprise sans V agrément du Roi.

Ainsi, même pour les causes que le monarque aura bien voulu départir au for ecclésiastique, il devient l'arbitre suprême, au lieu et place du Souverain Pontife ! Accepter cela serait un parjure, s'écrie Thomas! En recevant le pallium, l'Archevêque jure de ne point entraver les appels au Pape : je ne puis violer mon serment. Ce serait d'ailleurs un jour mauvais que celui où les opprimés ne pourraient plus librement recourir à l'Église romaine, leur seul refuge, qui est aussi la Mère de toutes les Églises.

Article XII. Le moment étant venn de pourvoir à un siège épiscopal on abbatial, le Roi convoque les dignitaires principaux de cette Eglise, et Vélection a lieu dans la chapelle royale.

Qu'est-ce qu'une telle forme d'élection? Qu'est-ce que cette procédure contraire aux canons et inconnue à toute la chrétienté? Le Pape seul pourrait autoriser pareille dérogation à la discipline générale. Pour moi, déclare l'Archevêque, je ne la souffrirai point dans l'Église d'Angleterre ; la tolérer serait consommer presque un schisme, puisque nous nous séparerions ainsi de l'Église universelle. Ce serait de plus écraser la liberté des élections sous la pression de l'autorité royale. Ce serait enfin créer un grave danger pour toutes les Églises du continent: car si le Roi d'Angleterre s'arrogeait une telle prérogative, pourquoi les autres souverains n'en feraient-ils pas autant (i) ?

Les constitutions de Clarendon sont jugées. Le primat, placé entre la volonté du Roi et l'ordre impérieux de sa conscience, a pris son parti définitif. A la

I. Nous donnons ailleurs (note D) le texte complet des coutumes de Clarendon, avec des remarques historiques propres à éclairer le sujet.

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