CHAPITRE XVI
tête des évêques il rentre en séance, et Henri demande qu'on appose enfin le sceau du métropolitain sur la charte. Thomas Becket se lève :
« J'avais reçu l'assurance que le Roi ne demandait « de moi qu'une marque de soumission, et qu'après « cette démarche, l'honneur royal étant satisfait, on « ne consignerait jamais par écrit les coutumes, dont « il ne serait plus tenu compte. J'ai fait ce qu'on me « demandait: c'était déjà trop, et je le regrette. Mais « j'en atteste le Dieu Tout-puissant: moi vivant, jamais « mon sceau ne figurera sur une charte pareille 11) ! »
I. Le refus de Thomas Becket est attesté par Guil aiune de Cantorbéry, Garnier de P. S* M. et Roger de Pontignj'. Jean de Salisbury affirme, comme aussi Herbert, que le primat ne donna qu'une promesse verbale. Fitzstephen seul dit : « Et sigillorum impressione ». Mais il est seul contre tous les témoignages que nous venons de citer ; de plus ce membre de phrase ne se trouve pas dans tous les manuscrits qui ont donné le texte de Fitzstephen (Cfr. Materials^ t. m, page 48, note 9), et c'est la vraie version qui l'omet ; car à la page 66, à propos de l'assemblée de Northampton, Fitzstephen affirme la négative avec une précision que nous ferons remarquer. Nous ne tenons pas compte, bien entendu, de la trop fameuse lettre : « Multiplicem » attribuée à Gilbert Foliot v. ci-après, note B). Un autre témoignage, indirect il est vrai, vient confirmer notre appréciation et notre conclusion ; c'est celui d'Alain de ïewkesbury. Seul cet auteur mentionne les reproches adressés à l'Archevêque, après l'assemblée, par son porte-croix. Celuici faisait un crime à son maître « d'avoir étendu ses mains consacrées « pour confirmer d'exécrables coutumes », cuin manus tuas Deo sacratas ad exsecrandas consuetudines observandas extcndcres. Nous dirons plus loin que nous n'acceptons pas ces mots comme témoignage du portecroix lui-même ; il reste, néanmoins, que c'est là celui d'Alain. Or, que signifie-t-il ? Précisément que Thomas Becket n'a point apposé son sceau. En effet, l'acte d'étendre la main pour confirmer une charte était celui des témoins qui ne la scellaient pas f Mabillon, De rc diplomatica^ lib. 11, cap. x.xii, § XIV . Ainsi Alain de Tewkesbury ne croyait pas, ou plutôt ceux qui lui ont raconté ce qu'il rapporte ne croyaient pas que l'Archevêque eut apposé son sceau. Herbert, qui pense de même, avait eu l'original sous les yeux pour copier la série des articles ( Vita S. T/iomœ, lib. m; Materials, t. iir, page 286; ap. Migne, t. cxc, col. 1141). Voir enfin la négation très nette de l'évêque de Poitiers {Materials, t. v, page 112). — Quant à la manière en laquelle Herbert a prétendu raconter l'issue de ce débat et la réponse finale de l'Archevêque, il nous a été
Le Roi va entrer en fureur? Non ; il demeure impassible, et sur un signe de lui, ses conseillers sortent de l'assemblée, emportant la charte. Qu'est-ce à dire? Mais voici de nouveau les scribes, qui apportent cette fois les articles copiés en forme de chirographe, sorte de charte en deux colonnes parallèles, sur laquelle sont portés les noms de tous les témoins. Les deux colonnes sont séparées l'une de l'autre par une ligne ondulée ou en dents de scie, suivant laquelle on pourra couper le parchemin ; le rapprochement des deux tronçons prouvera leur authenticité; puis moyennant quelques autres précautions de chancellerie, cette sorte de charte n'aura pas toujours besoin d'être scellée pour valoir ; ainsi pourra-t-on se passer du sceau que le primat refuse. Les gens du Roi séparent les deux parties, en gardent une et tendent l'autre à l'Archevêque. Devant cette preuve dernière que l'assemblée de Clarendon n'a été qu'un guet-apens dès longtemps préparé, Thomas demeure calme : il prend la charte qu'on lui présente, et se tournant vers les évêques :
« Je l'accepte, dit-il, parce que nous aurons là une « preuve bien authenthique des mauvais desseins « formés contre l'Église. »
Et suivi des prélats il quitte l'assemblée.
impossible de Taccepter. La mémoire lui a manqué en cet endroit, c'est évident, car dans son récit, en somme, la scène ne finit pas, n'a pas de conclusion ; le lecteur demeure en suspens. Il fallait nécessairement qu'à la requête du Roi Thomas répondît finalement par une acceptation ou un refus, si enveloppés qu'on les suppose. Or, chez Herbert, nous ne trouvons qu'un peut-être (page 288). Il est pourtant clair que le Roi n'a pas levé là-dtssus la séance. Nous avons donc dû nous en rapporter aux biographes qui nous donnent au contraire une conclusion nettement dessinée.