‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 189 sur 294 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

U'Angleterre d'une telle confusion sur une question vitale !

L'Arche\'èque allait, roulant ces pensées dans son esprit, tandis que derrière lui ses clercs chevauchaient, s'entretenant à voix basse des récents événements, considérant avec inquiétude le maintien silencieux et triste de leur maître. Enfin Herbert, poussant son cheval, vint se ranger à côté du primat :

— Quelle tristesse inusitée se peint sur les traits « de votre Seigneurie? dit-il. Ne voulez-vous plus « conférer ni deviser comme à l'habitude avec les « vôtres?

— N'ai-je pas bien sujet de m'affliger, répondit « Thomas? Ne vois-je pas que par ma faute, et pour « mes péchés, j'ai mis en péril la liberté de l'Église « d'Angleterre, compromis l'œuvre si courageuse et « si sage de mes prédécesseurs ? C'était inévitable sous « le gouvernement d'un homme qu'on a été chercher « dans les parvis de César, et non dans quelque saint « monastère. Pauvre histrion ! malheureux oiseleur ! f On a fait de toi un pasteur, et voilà ton ouvrage ! '' Tu n'as plus qu'à descendre du siège auquel on « t'avait élevé, mais dont tu es indigne ; Dieu t'a « maintenant abandonné ! »

Le malheureux Archevêque gémissait et pleurait tout en épanchant ainsi son cœur. Herbert s'efforça de le consoler avec bonté, de relever son âme abattue, de l'animer par la perspective d'une éclatante réparation. La compassion du fidèle clerc ne peut surprendre ; qui pourrait dire qu'il eût été plus fort que Thomas Becket au milieu des pièges et des violences dont on l'avait entouré ? Le primat se montra reconnaissant de la tendre affection que lui témoignait son ami, et un peu de calme rentra dans son âme. Néan-

moins, de retour à Cantorbéry, la justice lui parut réclamer une sévère pénitence ; il décida donc de ne plus remonter à l'autel avant d'y être autorisé par le Souverain Pontife.

Deux longs mois se passèrent, Thomas observant toujours la suspense rigoureuse qu'il s'était infligée à lui-même, sans préjudice des pratiques multipliées de mortification qui lui étaient habituelles. Il est bien permis de penser qu'une telle pénitence était excessive pour expier une faute, qui, somme toute, se réduisait à une imprudence, dont l'Archevêque n'avait pu en aucune façon prévoir les conséquences. Et de plus, il importe de s'en souvenir, c'était une lettre du Pontife romain lui-même qui avait décidé Thomas Becket à faire à Woodstock la première promesse, cause de toutes les scènes de Clarendon. C'étaient les assurances données par le mandataire de la cour pontificale au nom des cardinaux qui avaient voilé le piège dans lequel était tombé un moment le primat. Celui-ci avait eu tort, en des conjonctures si graves, de ne pas attendre d'ordres précis, de condescendre à des conseils vagues, d'écouter les assurances d'hommes à coup sûr moins éclairés que lui ; surtout il avait eu tort de s'engager à observer des lois qu'il ne connaissait pas et qu'il avait tout lieu de croire mauvaises, même avec l'espoir fondé que le Roi ne poursuivrait pas après la déclaration qu'il exigeait. Mais tant de circonstances atténuantes sont à invoquer légitimement, que l'on ne peut approuver entièrement la rigueur du saint prélat envers lui-même. Elle était propre à tromper son peuple, en faisant croire à une faute plus grande qu'elle ne l'était réellement, puisque l'Archevêque de Cantorbéry se jugeait indigne de monter à l'autel pendant un temps si long.

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