CHAPITRE XVII
Le deuil du primat était accru par divers incidents qui eurent lieu entre l'assemblée de Clarendon et les jours du mois d'a\ril, où il reçut de Sens l'absolution pontificale, conçue d'ailleurs en termes pleins d'affection. A peine quelques semaines s'étaient-elles écoulées qu'arrivait une encyclique du Pontife romain, datée de Sens, adressée à l'Archevêque de Cantorbéry et à ses suffragants (i). Le Pape disait :
« Vous savez que la charge épiscopale vous impose « le devoir de gouverner vos Églises à l'honneur de « Dieu et pour le bien des âmes qui vous sont confiées. « Mais votre première obligation est de sauvegarder « par votre zèle et vos travaux la liberté de ces Églises, « sans souffrir qu'on y porte la moindre atteinte. Aussi « par les présentes lettres. Nous vous enjoignons et « ordonnons, en vertu de la sainte obéissance, de ne « point céder aux exigences du très-illustre Roi d'An- « gleterre s'il réclamait jamais des concessions con- <? traires à la liberté ecclésiastique ; de ne point vous « lier envers lui en quoi que ce soit, spécialement en '' vue de mesures dirigées contre l'Église romaine ; » enfin de ne vous engager par aucune formule nou- <f velle de promesse ou de serment, mais de vous en « tenir à la forme autorisée par l'usage commun pour « les serments que les évéques prêtent à leurs rois.
I. Materials, t. v, page 84. Ep. « Ad hoc apostolici ». Jaffé date cette lettre du mois de février 1164. D'autres ont pensé qu'elle avait dû parvenir aux évéques avant rassemblée de Clarendon. Mais elle contient des allusions si transparentes à la conduite des évéques, aux prétentions du Roi, elle précise tellement les exigences du prince et le devoir de Tépiscopat anglais, qu'elle n'a pu être écrite qu'après les événements. De plus, elle n'aurait pu autrement passer inaperçue au milieu des débats ; Thomas Becket n'aurait pu être induit en erreur ni par l'abbé de l'Aumône ni par les Templiers ; et il lui aurait été trop aisé de se retrancher derrière une prohibition formelle du Souverain Pontife. Nous nous en tenons donc à l'opinion de Jaffé.
« Que si vous aviez déjà contracté quelque engagement « de cette nature, sachez que vous ne devez l'observer « en aucune façon, mais que vous avez à rétracter au « contraire des promesses pareilles, et à vous réconcilier « avec Dieu et avec l'Église, offensés par un serment « si coupable. »
A la lecture de la lettre pontificale, l'Archevêque dut regretter bien amèrement d'avoir obéi à des invitations vagues, transmises par des hommes qui peut-être prenaient sur eux de les commenter. S'il eût insisté pour obtenir de véritables instructions, le Pontife romain, considérant la vérité des faits et ne prenant conseil que de son devoir, eût écrit plus tôt sa lettre si précise où l'épiscopat anglais eût trouvé une force invincible. Maintenant au contraire elle arrivait trop tard ; seul l'Archevêque songeait et travaillait à « se « réconcilier avec Dieu et avec l'Eglise, » et seul il avait dès lors rompu et rétracté son imprudente promesse. L'obligation que sur ce dernier point Alexandre III fait aux évêques anglais ne saurait surprendre personne ; un serment arraché par la terreur est nul parce qu'il n'est pas libre. De plus, les prélats avaient pris des engagements que le Souverain Pontife jugeait positivement contraires aux droits de Dieu et de l'-Église ; ils avaient disposé de choses sur lesquelles ils n'avaient aucun droit, par exemple en consentant des modifications graves et essentielles aux canons de discipline générale : autant de causes de nullité.
Faut-il montrer que la forme conditionnelle de la lettre pontificale n'en infirmait en rien la portée ? Il est clair pour tout lecteur que c'était là seulement une précaution oratoire, destinée à éviter une condamnation en règle que les circonstances rendaient difficile. Mais en réalité les évêques anglais se trou-