CHAPITRE II
Becket, la fidélité inébranlable que celui-ci avait vouée au parti de l'impératrice. Les sentiments du jeune homme ne se démentirent pas, même après l'échec de Mathilde à Londres, et le brusque revirement de fortune qui en fut la conséquence.
Le roi Etienne vit en effet tomber ses chaînes, et peu de mois après fut couronné à Cantorbéry par l'Archevêque Thibaut (i). Ainsi, après avoir salué l'impératrice-reine sous les voûtes de Westminster, le primat suivait révolution de l'évêque de Winchester, lequel revenait au parti de son frère, entraînant la majorité du clergé. La cérémonie du sacre accomplie à Cantorbéry n'était pas pour attirer Thomas Becket vers l'Archevêque. Aucun événement n'étant venu modifier ni altérer les titres certains sur lesquels reposaient les droits de Mathilde, pourquoi le primat croyait-il pouvoir poser sur la tête d'Etienne de Boulogne la couronne qui appartenait à la comtesse d'Anjou, et donner officiellement la sanction religieuse à une véritable usurpation? Le caractère flottant et indécis de Thibaut était-il influencé par le succès uniquement? L'Archevêque ne se croyait-il pas lié plus ou moins envers le comte de Boulogne, auquel il devait en grande partie son élévation au siège de Cantorbéry '2)? Ni l'une ni l'autre de ces deux explications ne pouvait satisfaire Thomas Becket.
Aussi ne faut-il point s'étonner s'il témoignait alors un réel éloignement pour la personne de Thibaut. Nous constatons ce sentiment par les efforts mêmes que durent multiplier ses amis pour introduire le jeune homme auprès d'un prélat aussi puissant que le primat,