‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 191 sur 294 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

valent bien dans le cas prévu par le Souverain Pontife; Henri II avait 'K réclamé des concessions contraires à '< la liberté ecclésiastique ; » les prélats s'étaient « en- « gagés par une formule nouvelle de promesse et de « serment, » car ils avaient promis d'observer bona fuie les coutumes royales : or quelle était <l la forme « autorisée par l'usage commun pour les serments que '< les évèques prêtaient à leurs rois ? >> Nous la connaissons pour l'Angleterre spécialement, et par des exemples qui vont singulièrement à la question. Cette formule était celle où entrait la restriction que Thomas avait réussi à maintenir au parlement de Westminster, en affirmant sans être contredit qu'elle était reçue dans la chrétienté entière. « Sauf les droits de " mon ordre, // tels étaient les termes sur lesquels on discutait; mais dans tous les documents où nous voyons Alexandre 111 traiter la question des rapports de TArchevêque avec le Roi, nous trouvons invariablement les mots : ft sauf les droits de l'ordre ecclé- " siastique. /> Enfin au xif' article de Clarendon, qui traitait des élections épiscopales, on lisait : « L'élu « prêtera au Roi, comme à son seigneur lige, ser- « ment d'hommage... sauf les droits de son ordre. » Il est donc évident que l'abandon de cette clause était bien le cas visé par la lettre du Pape. Ainsi les évêques anglais n'avaient pas même la ressource de distinguer entre le fait et le droit ; ils se trouvaient absolument dans l'obligation de tenir pour non avenue la promesse donnée à Clarendon, d'en faire pénitence, et de se montrer à l'avenir gardiens plus jaloux de la liberté ecclésiastique. Hélas, Thomas Becket seul obéira, en conformant sa conduite aux règles que trace la Lettre apostolique; ce sera sa force dans l'avenir; mais pour le présent il ne trouve dans le

document pontifical que l'amertume d'une condamnation subie.

Une autre lettre d'Alexandre III vint encore ajouter aux tristesses de l'Archevêque humilié ; car elle lui apprenait que les pouvoirs de légat apostolique en Angleterre étaient désormais remis à Roger de Pont-l'Évêque ! Il est vrai, des précautions minutieuses étaient prises pour que l'archevêque d'York ne pût employer l'arme que le Pape lui remettait entre les mains ; mais Thomas savait ce que pesaient à la cour d'Angleterre les recommandations du Saint- Père ; et dans tous les cas l'effet moral produit par cette concession serait désastreux, car elle équivalait à un désaveu du primat et de sa conduite. Mais pour expliquer un tel revirement, il nous faut dire ce qui se passait dans le camp du Roi.

Après avoir vu l'Archevêque sortir les mains libres du guet-apens où on avait espéré l'enchaîner pour toujours, Henri II, la rage dans le cœur, s'était retiré de son côté, mais pour chercher un autre moyen d'abattre son ennemi. Il recourut à la diplomatie, son arme favorite. Arnulf de Lisieux redevint l'homme du jour; de compagnie avec Richard d'Ilchester, il entreprit un quatrième voyage à la cour pontificale qui résidait toujours à Sens. Tous deux y arrivèrent porteurs d^ instructions du Roi, et chargés de solliciter avec instance : i" la collation à l'archevêque d'York du titre de légat du Saint-Siège en Angleterre, aux lieu et place de l'Archevêque de Cantorbéry ; 2° un acte pontifical portant injonction à l'épiscopat d'Angleterre d'approuver et de sanctionner les articles de Clarendon. Il faut en convenir, la tâche était ardue pour les ambassadeurs. L'histoire des deux derniers parlements était dès lors connue partout, et en France on ne cachait pas

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