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LES AUXILIAIRES

La lutte se ranimait de tous côtés en Angleterre. Le Roi recommençait à lancer des officiers de justice contre les clercs accusés à tort ou à raison ; l'Archevêque, oubliant ses propres dangers, ne se lassait pas de combattre pour maintenir les droits du for ecclésiastique, et arracher aux shérifs les malheureux que Ton voyait sur toutes les routes du royaume traînés de prison en prison. Henri 11 agissait en vertu des statuts formulés à Clarendon, les tenant désormais pour lois établies; Thomas Becket lui barrait la voie, condamnant ces mêmes statuts, et témoignant par toute sa conduite qu'il les tenait pour non avenus. Il ne se pouvait de situation plus tendue, et on devait prévoir à bref délai de graves événements. Le Roi commençait à frapper aux côtés de l'Archevêque : Jean de Salisbury fut exilé. Depuis longtemps, nous le savons, Henri Plantagenet nourrissait contre lui un ressentiment personnel; grâce au crédit du Chancelier, son ami d'enfance, Jean avait échappé une fois à la condamnation ; mais la confiance du primat ne pouvait qu'attirer sur lui la foudre; il dut quitter l'Angleterre au printemps de l'année 1164.

Thomas profita du départ forcé de son confident pour le charger de diverses missions. Loin de demeurer

inactif en présence des intrigues nouées contre lui à la cour pontificale, il avait dépêché successivement plusieurs de ses familiers pour négocier, rétablir la vérité des faits, et connaître ce qui se tramait contre lui. Mais aucun de ces agents n'était propre à le servir comme Jean de Salisbury, qui connaissait depuis longtemps la France et y comptait de nombreux amis. Or le primat tournait de plus en plus les yeux vers ce pays ; un jour, il le sentait, force lui serait probablement d'y chercher un refuge comme le Pontife romain. Déjà Louis le Jeune, dans la spontanéité de son loyal cœur, lui avait fait offrir un asile et un appui ; c'était au lendemain du parlement de Westminster. L'Archevêque avait remercié, en cherchant noblement à pallier les torts du Roi d'Angleterre ; mais les événements étaient déjà trop bien connus en France pour que Louis VII pût s'y tromper. Il avait donc réitéré ses offres, et Thomas, ne pouvant plus dissimuler, n'avait pas caché que le temps viendrait peut-être où elles devraient être acceptées. Jean de Salisbury lui parut l'homme le plus propre à intervenir auprès du Roi Louis. L'exilé partit donc, chargé de nombreuses missions par le primat qu'il laissait aux prises avec de redoutables adversaires. Peu après il lui écrivait la lettre suivante (i) :

« En mettant le pied sur le continent, il m'a semblé « de suite respirer un air plus calme après la tempête, « et ma joie n'avait d'égale que ma surprise de voir « partout régner l'abondance et la paix, de trouver « partout des peuples heureux. En débarquant, j'ai « rencontré les gens du comte de Guines, envoyés « par lui sous la conduite de son neveu pour me

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