‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 203 sur 294 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

sèment à l'époque où avaient lieu les négociations dont nous venons de parler (i). Godric demanda au visiteur s'il connaissait Thomas, Archevêque de Cantorbéry ?

— Oui, répondit le religieux ; et vous, maître, le « connaissez-vous ?

— Je ne l'ai jamais vu des yeux du corps, mais « bien souvent des yeux de l'âme ; et si à cette heure « il se trouvait ici, je le reconnaîtrais à l'instant, fût-il « mêlé à une foule d'étrangers. Je voudrais lui en- « vnyer un message secret : consentiriez vous à le « lui porter?

— Certainement, pourvu que ce ne soit rien de « mauvais. »

Le saint vieillard sourit, et répondit :

« Non ; je ne lui veux que du bien. Lors donc que « vous verrez l'Archevêque, n'oubliez pas, je vous « prie, de le saluer au nom du pauvre Godric ; dites « lui qu'il doit persévérer sans faiblesse dans les pro- « jets qu'il a formés, car les résolutions qu'il a prises « sont agréables au Dieu tout-puissant. Il souffrira de » grandes adversités, il est vrai; bientôt il sera exilé « d'Angleterre ; pendant quelque temps il vivra sur « la terre étrangère, jusqu'à ce que soit arrivé le « terme de la pénitence qu'il doit accomplir. Mais « finalement il reviendra en Angleterre ; il remontera « sur son siège primatial, et se trouvera plus élevé « en dignité qu'avant son exil. C'est que des Alpes « aux dernières plages d'Ecosse il n'y a point parmi « les grands personnages d'hommes plus aimés de « Dieu que cet Archevêque et le roi Malcolm. Celui-ci

I. En effet Godric parle de l'exil de rArchevêque comme d'un événement qui doit arriver dans les six mois. [Acta SS. Bolland., t. v Maii, die x.\i, page 83).

« va recevoir bientôt le denier de la céleste récom- « pense (i). Quand vous aurez transmis ce message « à Sa Seigneurie, je vous prie de lui demander pour « moi l'absolution de mes péchés, et vous me la ferez « parvenir, écrite par l'Archevêque.

— Mais, objecta le religieux, vous ne faites point « partie de son troupeau ?

— Je sais que son absolution me sera bonne, et je « vous prie de me la procurer.

Le moine pèlerin demeura fort surpris de tout ce qu'il venait d'entendre; néanmoins il se mit en devoir de remplir sa mission. En revenant à Westminster il se rendit auprès de l'Archevêque, qu'il rencontra non loin de Windsor, au manoir de Warrenes Stanes. Lorsque Thomas eut entendu le message de l'anachorète, il s'informa auprès de Laurent, abbé de Westminster, et demanda quel était cet ermite qu'il ne connaissait pas ? Le seigneur abbé avait été naguère moine de Durham, et se trouvait en mesure de renseigner pleinement le primat. Thomas comprit aussitôt quelle grâce Dieu lui faisait, en lui accordant l'appui du solitaire de Finchal ; dès le lendemain il écrivit à Godric une lettre pleine des sentiments les plus affectueux, en lui envoyant l'absolution qu'il sollicitait et en se recommandant avec instances à ses prières (2).

Il en était grand besoin. La guerre continuait sur tous les points ; et l'Archevêque la soutenait avec une énergie proportionnée à celle de l'attaque (3). Foulant aux pieds toutes les prétentions régaliennes formulées à Clarendon à mesure qu'elles se tradui-

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