CHAPITRE XVUI
jurer; et quel est celui-ci? On l'examine et l'on découvre que c'est un recueil de tropes (i)! En vain les juges déclarent qu'un appel ainsi garanti ne peut être qu'invalide; Jean Maréchal soutient qu'il est bon, et va trouver le Roi pour le lui notifier. J'en ai appelé à votre tribunal, dit-il, car on ne me faisait pas justice à celui de l'Archevêque. '< et cela parce que je « suis votre féal (2). »
Cette fois Henri était mis directement en cause. Il expédia des lettres citant l'Archevêque à comparaître, afin de dire pourquoi justice avait été refusée à un homme du Roi. Le jour fixé pour l'audience était le 14 septembre, fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix; mais le primat ne comparut pas. A son défaut, quatre chevaliers, ses vassaux, et le shérif de Kent lui-même, vinrent attester d'abord que l'Archevêque était malade, et en second lieu que l'appel de Jean Maréchal était de tous points irrégulier, attendu que rien dans la procédure ne le justifiait et que le serment avait été prêté dans des formes contraires à toutes les règles. Mais le Roi, outré de ne pas voir l'Archevêque de Cantorbéry comparaître à sa barre, ne voulut rien entendre ; on eut même grand'peine à l'empêcher de jeter en prison les quatre chevaliers et à obtenir pour eux la liberté sous caution. Finalement Henri assigna le primat d'Angleterre par-devant un parlement qui se réunirait à Xorthampton le 6 octobre de la même
1. Poésies en usage dans le service divin ; on les intercalait parmi les pièces liturgiques contenues au missel ; compositions adoptées à volonté par les diverses églises, elles ne faisaient pas partie intégrante de la liturgie, n'avaient surtout aucun caractère propre à les mettre au rang des textes sacrés sur lesquels le serment devait être prêté.
2. Ces derniers mots nous sont donnés par Roger de Pontigny, ([ui ne les a trouvés ni dans Garnier ni dans Guillaume ; il les tient donc de saint Thomas lui-même ou de ses familiers.
année, pour y répondre : 1° d'avoir refusé justice à un homme du Roi ; 2° d.e n'avoir pas comparu sur citation royale comme l'y obligeait son devoir de vassal. Les convocations furent lancées ; et au lieu d'adresser selon l'usage la première à l'Archevêque de Cantorbéry, le souverain le fit citer par le shérif de Kent. C'était donc bien en accusé que Thomas devrait se présenter devant les prélats et les barons, réunis en cour plénière.