LE PARLEMENT DE N'ORTHAMPTOX
Dès les premiers jours d'octobre, la ville de Northampton voyait affluer dans ses murs évêques et barons, abbés et seigneurs, convoqués en parlement. L'Archevêque arriva le mardi 6 octobre, jour fixé pour la première séance; mais le Roi était en forêt, il n'v eut pas de réunion. Le primat reçut l'hospitalité au monastère de Saint-André, florissant prieuré de l'ordre de Cluny, peuplé par les moines de La Charitésur-Loire, qu'y avait jadis appelés Simon de Senlis (i), comte de Northampton et d'Huntingdon, Toute la suite de l'Archevêque n'y avait pas trouvé place ; et par ailleurs un des logis retenus d'avance pour elle avait été occupé par les écuyers de Guillaume de Courcy. Dès le lendemain matin, Thomas monta au château, résidence du Roi. Henri II assistait alors à la messe, et le primat d'Angleterre dut attendre dans la salle d'entrée. Le souverain parut enfin ; Thomas Becket se dirigea aussitôt vers lui dans une attitude pleine de respect, et tout prêt à recevoir le baiser d'usage ; mais le Roi n'eut point l'air d'y prendre garde. Sans se décourager ni s'intimider, le primat demanda tout d'abord que les gens de Courcv fussent mis à l'instant
I. Ap. D. Bouquet, t. xir, page 783 : « Simon Silvanectencis; » page 802 : << Simon de Seynlis. »
3l6 SAINT THOMAS DE CANTORBÉRY
hors du logis qu'ils occupaient indûment ; ce qui fut aussitôt exécuté qu'accordé. Mais Thomas avait une requête bien autrement importante à présenter : il demanda la permission de passer la mer pour aller trouver le Pape, ayant à soumettre au Pontife romain de graves questions où la conscience était engagée (i) ; de plus les usurpations du métropolitain d'York avaient eu pour résultat un appel auquel il fallait répondre. Le Roi refusa nettement l'autorisation. Enfin Thomas rappela au souverain qu'il venait pour fournir des explications sur le cas de Jean Maréchal. «Jean n'est « pas ici, répondit le prince, il est à Londres pour « mon service, mais il viendra sans tarder ; alors on « s'occupera de son procès. »
Que voulait dire cela? Le primat était cité pour répondre sur ime affaire que le Roi renvoyait maintenant à une date indéterminée ! L'accusateur n'était pas même appelé ou n'avait pas daigné paraître ! Ne devenait-il pas clair déjà que Jean avait uniquement fait le jeu du Roi, auquel désormais il cédait le premier rôle ? Tout cela n'était-il donc qu'un prétexte pour agiter d'autres questions, sur lesquelles l'Archevêque n'avait aucune donnée ? Ainsi l'audience d'arrivée était significative autant que brève et discourtoise. Le Roi y mit fin en prescrivant au primat de se retirer en son logis, et d'avoir à se présenter le jour suivant (2).
Le lendemain était le jeudi 8 octobre; l'assemblée
1. Nous savons assez quelle valeur saint Thomas entendait donner à cette requête, la valeur d'un acte de déférence, rien de plus.
2. Le groupe de Garnier, Guillaume et Roger, ne distingue pas l'audience du lund^ de la séance tenue le mardi. Mais Fitzstephen était là ; il distingue nettement, jour par jour, en style très bref et délibérément laconique, les diverses phases du procès. Nous nous en tenons à son récit quant à l'ordonnance générale.