CHAPITRE \IX
s'ouvrit. Dès le premier instant, le Roi mit en accusation le primat d'Angleterre pour n'avoir pas comparu sur sommation royale: attendu le serment d'hommage prêté par l'Archevêque au souverain comme à son seigneur lige, il v avait crime de lèse-majesté dans le refus de comparaître. Tel était l'acte d'accusation. En réponse, Thomas se borna à rappeler l'irrégularité des procédés employés par Jean Maréchal, et l'envoi de quatre chevaliers chargés de le représenter au tribunal du Roi. Mais la haute cour ne jugea pas la défense suffisamment fondée pour une aussi grave infraction au droit féodal: le primat d'Angleterre devait donc être remis « à la merci du Roi », ce qui signifiait la confiscation de tous les biens mobiliers. Restait à prononcer la sentence. Les barons s'en excusèrent : « C'est « à l'ordre spirituel qu'il appartient, disaient-ils, puis- « qu'il s'agit d'un évêque. — Nullement, repartit un « des prélats ; nous siégeons ici comme barons, et « nous jugeons simplement un de nos pairs ; il n'y a « point là de cause spirituelle. Au surplus, si vous « considérez Thomas Becket comme Archevêque, vous '< nous considérez aussi comme évêques ; et dès lors '' comment prétendez-vous que nous prononcions " contre notre supérieur? ;> N'est-il pas pitoyable de voir tous ces évêques se déclarer barons du Roi, selon l'article x" de Clarendon, et dès lors considérer leur chef simplement comme le premier entre les pairs d'un même ordre et justiciable de cet ordre! Que fallait-il de plus pour montrer le danger d'une législation qui livrait l'Église pieds et mains liés?^ De part et d'autre on soutenait son avis. Après avoir osé juger, ni prélats ni barons n'osaient prononcer. L'Archevêque regardait sans rien dire, laissant ses prétendus juges en proie au désarroi ; Henri II s'emportait ; la scène tournait au
grotesque : il fallait en finir. Le vieil évêque Henri de Winchester, le consécrateur de Thomas Becket, accepta enfin la honte de prononcer la sentence. Le premier mouvement du primat fut de replacer la question sur son vrai terrain, de proclamer son caractère inaliénable de pontife, et de récuser la compétence du tribunal. C'eût bien été la meilleure réponse à faire, et l'embarras des juges en fût devenu inextricable; mais Thomas se laissa une fois encore persuader par d'autres conseils : qu'une misérable question d'argent, lui disait-on, ne devienne pas le prétexte d'une rupture fatale. Il offrit donc caution pour la somme considérable par laquelle devait se chiffrer l'amende (i), et les évéques se portèrent ses garants. Un seul s'y refusa,, c'était Gilbert Foliot.
La question de contumace une fois vidée, le Roi parla de juger au fond l'appel de Jean Maréchal. Celuici demeurait toujours introuvable; mais on devait voir des choses bien plus étranges encore. Toutefois, sur le nouveau terrain où s'aventurait le prince, Thomasavait si clairement le droit pour lui que Henri se hâta de passer sans conclure à une autre question.
Séance tenante, restitution fut demandée à l'Archevêque de trois cents livres, provenant des châtellenies d'Eye et de Berkhampstead, autrefois conférées au Chancelier par le Roi. Thomas fit observer d'abord qu'il n'avait point été cité pour rendre des comptes, et que par suite il serait fondé à s'y refuser pour le moment. Toutefois il consentait à rappeler que les revenus dont on parlait avaient été par lui volontairement employés aux réparations de la Tour de Londres
I. Rog. de Pont., page 42. On évaluait cette somme à cinq cents livres d'argent, dit le biographe ; soit 10,000 francs environ, chiffre alors très, levé.