‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 214 sur 294 · I. Cant. Cantic. i · texte numérisé non relu

I. Cant. Cantic. i

CHAPITRK XIX 327

taux ; ses clercs l'entourent alors et le supplient de ne pas aller ainsi. Le primat les écoute, et pour en finir quitte en effet les parements sacrés, prend son rochet de lin. met à son cou l'étole, et revêt sa cappa noire; puis il monte à cheval et se met en marche précédé d'Alexandre le Gallois, qui porte à son ordinaire la croix primatiale. Un seul des familiers de l'Archevêque osait le suivre : c'était Herbert (i). Le peuple se pressait en foule sur les pas du modeste cortège, acclamant le primat d'Angleterre et le comblant de bénédictions; car tous avaient ouï parler d'un complot formé contre lui, et beaucoup ne cachaient pas leurs larmes en le voyant passer.

Pendant le trajet, Thomas ne put dissimuler à Alexandre tout son regret de n'avoir pas persisté dans son projet de venir en habits sacerdotaux et avec le pallium : toutefois il ne devait pas tarder à voir que ses intentions étaient clairement comprises.

Arrivé à la poterne du château. l'Archevêque la trouva close. Elle s'ouvrit cependant pour lui livrer passage, puis se referma, et les portes en furent assujetties avec un grand luxe de précautions; il semblait que

I. Guillaume affirme qu'il n'y avait qu'un seul clerc avec l'Archevêque ; d'autre part, Herbert répète avec complaisance qu"il était seul aux côtés de son maître en ce jour. Nous verrons en effet que seul il eut à se mettre en quête de son cheval après la séance, et nous croyons bien que c'est de lui que parle Guillaume. Toutefois Fitstephen aussi affirme avoir siégé aux pieds de Thomas, et il nomme plusieurs autres familiers qui étaient là également. Alexandre précédait certainement l'Archevêque dans sa marche jusqu'au château; Garnier et Roger nomment un écuyer, que l'un appelle Tronchet, l'autre « de Mortorio, » mais c'est le même personnage, on le voit par son rôle. De tout cela résulte que Herbert seul marcha derrière l'Archevêque depuis Saint-André jusqu'au château ; que là d'autres familiers les rejoignirent; qu'à un certain instant de la -séance ils se trouvèrent séparés de Thomas, et que Herbert alors demeura seul aux pieds du primat ; qu'enfin, à la sortie du château, plusieurs essayèrent de se grouper autour de leur maître.

l'ennemi fût à l'entrée du pont-levis. La cour était remplie de gens de toutes sortes, valets ou hommes d'armes^ et l'arrivée du primat dans la forteresse fut incontinent signalée ; aussitôt évêques et barons d'afiluer pour être témoins du spectacle. Parmi les seigneurs plusieurs partageaient la haine du Roi, et la vue de la victime désignée ne provoquait que leur colère ; mais beaucoup d'autres ne pouvaient taire leur admiration devant cette fière entrée d'un prêtre désarmé, venant presque seul affronter le lion jusque dans sa tanière.

L'Archevêque mettait pied à terre devant le donjon, sur le perron duquel se tenaient plusieurs évêques. Mais la scène changea de face lorsqu'on vit Thomas prendre la croix métropolitaine des mains d'Alexandre le Gallois, et se diriger ainsi vers la grand' salle; les seigneurs comprirent à l'instant, et les prélats mieux encore. Robert de Melun, naguère sacré par Thomas lui-même évêque de Hereford, s'avance rapidement à la rencontre du primat qui monte les degrés. Il demande à porter la croix; Thomas refuse; Robert la saisit et tente de l'enlever de force (i) ; mais l'Archevêque la tient à deux mains et réussit à la conserver. Hugues de Nouant, attaché à la maison du primat, interpelle Gilbert Foliot qui se tient à la porte d'entrée :

« Monseigneur de Londres, souffrirez-vous que l'Ar- « chevêque porte sa croix lui-même ? »

« Il a toujours été fou, et il le sera toujours », répond brutalement Gilbert.

I. Roger de Pontigny, toujours à la suite de Garnier et de Guillaume, attribue le fait à Gilbert Foliot ; mais Herbert, qui assistait à cette scène,. la met au compte de Robert de Melun, lequel était en effet un des évêques présents. Fitzstephen ne mentionne pas le fait ; et cependant il rapporte en détail les paroles prononcées alors par l'évêque de Londres et qu'il a entendues.

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