CHAPITRE XIX
■dèrent à s'en remettre à l'initiative de trois d'entre eux, qu'ils désignèrent : ce furent Roger de Pontl'Évêque, Gilbert Foliot et Hilaire de Chichester. Le ■choix ne pouvait être plus significatif : il tombait sur les trois prélats qui avaient donné le signal de la désertion après l'assemblée de Westminster. L'archevêque d'York était dès longtemps l'ennemi personnel de Thomas Becket, Gilbert Foliot l'homme du Roi, et Hilaire le promoteur de la défection; aussi ne soyons pas surpris de voir le triumvirat se référer aux coutumes de Clarendon et reprendre le plan d'Arnulf de Lisieux (i). Remontant donc à l'appartement du Roi, suivis de tous leurs collègues, ils dirent à Henri :
€ Sire, notre dévouement à votre couronne nous « oblige à déclarer qu'une condamnation capitale pro- « noncée contre l'Archevêque serait funeste à vous- « même et au royaume. D'autre part, nous devons « avouer que sa Seigneurie nous a, par deux fois, « défendu de participer à aucun nouveau jugement « prononcé contre elle, et qu'elle a formé un appel « au Saint-Siège (2); nous ne pouvons aller contre de « telles inhibitions. Mais l'Archevêque nous a fourni « lui-même des armes, en violant les coutumes de « Clarendon qu'il a jurées, en interjetant appel sans « autorisation royale, et en nous défendant de siéger « à un jugement de la cour du Roi. Il voudrait nous
1. Sur ce point important les trois témoignages principaux s'accordent -et se complètent : i" Garnier, page 64, Guillaume, page ^y^ et Roger, page 49; 2" Fitzsteph., page 65; 3° Herbert, page 308.
2. Fitzstephen le juriste expose que TArchevêque aurait, le matin, contesté la justice du jugement qui l'avait condamné à la perte de tous ses biens meubles, mais en se basant sur la coutume pour le pays de Kent en semblable matière. Le biographe est seul à donner cette version, qui nous paraît invraisemblable. Thomas avait de bien autres arguments, qu'il fit valoir, et il est au moins improbable qu'il se soit alors livré à la discussion juridique très détaillée que donne Fitzstephen.
« rendre complices de son parjure ; mais permettez- « nous seulement de répondre à son appel par-devant « le Pape, et nous engageons notre parole que nous «: ferons alors tout ce qui sera possible pour obtenir « sa déposition en punition de sa félonie. »
Ainsi l'encyclique d'Alexandre III ordonnant la rétractation du serment surpris à Clarendon était lettre morte, et les prélats se faisaient même forts d'entraîner le Pape à châtier le seul d'entre eux qui eût obéi à ses ordres.
Quoi qu'il en fût, le Roi permit aux évêques de suivre leur plan, qui les tirait momentanément d'embarras; au prix de quel abaissement ! Certes, au sortir de la salle du conseil, la plupart des prélats ne sentaient point leur conscience allègre, et n'emportaient que le sentiment d'une honte inutilement subie. Robert de Lincoln pleurait ; bien d'autres avaient grand'peine à n'en point faire autant. Tous étant arrivés devant l'Archevêque, Hilaire prit la parole avec son assurance ordinaire :
« Seigneur Archevêque, dit-il, sauf le respect qui « vous est dû^ nous avons contre vous de graves sujets « de plainte. Voilà que vous nous avez placés entre « l'enclume et le marteau : ou vous désobéir, ou en- « courir la colère du Roi. A Clarendon, Son Altesse « a réclamé de nous la reconnaissance des prérogatives « royales ; et pour éviter tout malentendu, on nous « en a mis sous les yeux la formule écrite. Nous avons « donné notre assentiment, vous le premier. Quand « le Roi nous a requis de jurer les coutumes et d'ap- « poser notre sceau sur la charte, nous avons répondu « que la parole d'un évêque était une garantie suffi- « santé, et que nous nous étions déjà engagés in verbo « veritatis à respecter les prérogatives royales de bonne « foi, sans dol et selon le droit. Cette promesse a