CHAPITRE XX
paraissait fausse et dangereuse. Vassaux de l'Archevêque, ils n'en étaient pas moins sujets du Roi ; peut-être même quelques uns étaient-ils feudataires de la couronne. Le primat étant accusé de haute trahison, ils redoutaient de se trouver enveloppés dans sa ruine par un effet de la légalité féodale, dont un prince haineux et emporté saurait bien se faire une arme. Thomas n'essaya pas de les retenir.
Après le morne départ des chevaliers, l'Archevêque chargea trois prélats d'aller de sa part trouver Henri II. C'était d'abord son vieil ami Walter de Rochester, puis ses deux fils spirituels, Roger de Worcester et Robert de Hereford, auxquels Thomas donnait mission de solliciter en sa faveur un sauf-conduit afin de se rendre auprès du Pape. Les trois évêques montèrent au château, et trouvèrent le roi extrêmement gai: Henri ajourna sa réponse au lendemain. Thomas sut ainsi tout ce qu'il voulait savoir, c'est-à-dire qu'il pouvait compter sur les heures de la nuit: vraisemblablement le Roi ne serait pas en état de songer à lui, et, sûr des gardes qui veillaient aux portes, ne recommencerait les hostilités que le lendemain. Il y avait d'ailleurs urgence à prendre un parti ; car de la cour, et toujours par des amis secrets, avis était donné confidentiellement de ne négliger aucune précaution : un complot était formé par quelques seigneurs, tout prêts à agir au mieux des intérêts du Roi, et bien entendu sans son ordre. Hélas, faut-il le dire? On a pu accuser Roger d'York et Gilbert Foliot d'avoir conseillé à Henri d'attendre au lendemain pour attirer sans bruit l'Archevêque dans un guet-apens, et le faire jeter dans un cachot que nul ne saurait découvrir (i)! Mais Tho-