‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 226 sur 294 · I. Ci-dessus, page · texte numérisé non relu

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le proscrit ; mais en dépit de leur savoir-faire, ses deux compagnons se trouvaient fort embarrassés, le rivage étant absolument désert. Par bonheur un enfant descendait à la grève ; ils allèrent lui parler, lui promirent une pièce d'argent s'il voulait leur amener de suite une béte qui pût les conduire h Gravelines. L'enfant s'éloigna : mais comme il était bien long à revenir, l'inquiétude gagnait les fugitifs. Frère Christian essaya de se remettre en marche ; mais il était à bout de forces et retomba sur le sable, renonçant à poursuivre cette voie douloureuse. On attendit, à la grâce de Dieu. L'enfant reparut enfin, tirant un méchant âne par un lien de paille, qui constituait tout le harnais. Sur le dos de la bête l'un des deux frères plia sa chape en guise de selle, et le primat d'Angleterre se remit en marche dans ce pauvre équipage. Mais après avoir parcouru ainsi deux milles environ, frère Christian dut avouer qu'il lui serait encore moins dur d'aller à pied.

On atteignit le village d'Oye (i). Une bonne flamande qui regardait venir les trois religieux fut frappée de la physionomie singulièrement noble d'un des étrangers, dont le pas chancelant trahissait l'extrême lassitude. Devinant peut-être quelque grande infortune, la brave paysanne rentra promptement au logis, et quand les voyageurs passèrent devant la porte elle vint charitablement offrir un bâton à celui des trois qu'elle avait remarqué. Ce bâton était une sorte de broche qui servait à fumer le poisson, et depuis longtemps, c'était trop visible ; frère Christian l'accepta pourtant de grand cœur. Ah ! certes, le luxe et le faste d'antan étaient durement expiés.

I. Du moins, sur la route que suivaient les voyageurs, il n'y en a pas d'autre qui puisse répondre au « quemdam vicum » dont parle Roger.

Pour un peu ils l'eussent été plus cruellement encore. Le petit groupe approchait de Gravelines ; quinze mois auparavant l'Archevêque de Cantorbéry avait abordé dans ce port, lorsqu'il se rendait au concile de Tours, suivi d'un nombreux cortège, entouré des respects empressés des peuples. Nouveau motif pour prendre des précautions d'autant plus grandes afin de n'être point reconnu ; car depuis deux semaines, la nouvelle des événements survenus en Angleterre avait dû certainement franchir le détroit. Or en approchant de la ville, les trois religieux passèrent auprès d'un chevalier portant le faucon sur le poing. Sans réfléchir, et par un reste de vieilles habitudes, frère Christian s'approcha pour examiner l'oiseau : le chevalier de s'écrier :

— Si tu n'es pas l'Archevêque de Cantorbéry, tu lui « ressembles étonnamment.

— L'as-tu jamais vu en pareil équipage? » répondit promptement Scailman, dont la présence d'esprit sauvait cette fois encore le fugitif.

La nuit tombait. Frère Christian ne voulant pas aller demander l'hospitalité au clergé de la ville, on frappa à la porte d'une chaumière qui s'ouvrit avec la simplicité de la charité chrétienne. La table fut mise pour les religieux, et frère Christian s'assit au bas bout. Scailman et Robert prirent soin de répéter plusieurs fois son nom à haute et intelligible voix; malheureusement il n'était pas en leur pouvoir de transformer leur compagnon du jour au lendemain.

Pendant que la maîtresse du logis allait et venait pour le service, et que les enfants jouaient autour de la table, l'hôte assis dans l'âtre auprès du feu observait en silence, à la lueur de la lampe fumeuse. Frère Christian lui paraissait avoir de singulières habitudes : par

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