‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 229 sur 294 · LES AMBASSADEURS · texte numérisé non relu

LES AMBASSADEURS

Pour expliquer la présence de la députation solennellement envoyée par la cour d'Angleterre, il nous faut jeter un regard en arrière et nous reporter à Northampton. Le 14 octobre au matin, les maréchaux de la cour descendirent du château et vinrent frapper à Saint-André pour sommer l'Archevêque de se rendre au parlement. Osbern, le chambellan du primat, répondit pour gagner du temps que son maître avait besoin de repos, mais qu'il se présenterait sous peu d'heures. Une seconde fois les gens du Roi revinrent, et Osbern trouva moyen de les éconduire encore. Une troisième fois enfin ils insistèrent au point que le chambellan, poussé à bout, leur déclara la vérité. Les maréchaux retournèrent en hâte pour annoncer à leur maître un dénouement si imprévu. Stupéfait d'abord, le Roi ne trouva pas une parole ; il voyait échapper le fruit de ses manœuvres odieuses, poursuivies depuis plus d'un an avec la persévérance et l'habileté de la haine. '■■' Nous n'en avons donc pas encore fini " avec cet homme ! „ s'écria-t-il enfin. Non, heureusement, la partie n'était pas encore gagnée.

A l'instant le conseil royal s'assembla , les ordres les plus sévères furent expédiés dans tous les ports

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pour empêcher l'Archevêque de prendre la mer; puis on délibéra sur la tactique à suivre dans le cas où l'on acquerrait la certitude que Thomas ne se trouvait plus dans l'île. Henri comprenait parfaitement quel coup porterait à sa politique la fuite du primat ; ce serait là un événement qui ne pourrait passer inaperçu dans la chrétienté ; aux yeux de tous il deviendrait aussitôt évident que le Roi s'était mis en lutte ouverte avec l'Église, que cette lutte avait pris des proportions alarmantes, et que par conséquent des intérêts graves étaient en jeu. Personne dans le royaume n'admettrait que le primat de Cantorbéry se soit enfui, se soit condamné à la vie d'un proscrit, pour ne pas rendre compte d'une administration connue et approuvée de tous. On le croirait par-delà le détroit moins encore qu'en Angleterre, parce qu'au pays de France Thomas ne comptait pas d'envieux intéressés à dénigrer sa conduite. D'ailleurs si l'Archevêque réussissait à trouver un asile de l'autre côté de la mer, il parlerait certainement, et dévoilerait tout le système d'oppression codifié dans les articles de Clarendon. Ceux-ci seraient condamnés par le Pape, et aussi par la réprobation des royaumes catholiques, tant ils étaient contraires au droit de la chrétienté. Le spectacle d'un pasteur exilé réveillerait la conscience d'un grand nombre, et donnerait à plusieurs la hardiesse de soutenir ouvertement la vérité. Ce serait une défaite irrémédiable pour le Roi, un échec sanglant pour la politique traditionnelle que la dynastie normande avait léguée aux princes angevins.

Pour toutes ces raisons, le conseil royal décida que si l'on ne pouvait retrouver promptement l'Archevêque, il faudrait faire les derniers efforts pour présenter sa fuite comme un acte de provocation gratuite

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