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Par une contradiction qui étonnerait chez un autre que Thibaut, le primat choisit son nouveau clerc pour îigurer dans sa suite lors d'un voyage à Rome qu'il entreprit en 1 143, l'année même où le jeune homme était entré à la Cour de Cantorbéry. Naguère chassé par deux fois, Tliomas comptait maintenant parmi ceux que l'Archevêque voulait voir à ses côtés.
Le voyage qu'allait faire Thibaut avait un but religieux, mais la politique n'y était pas étrangère. Le pape Innocent II avait, en 1 130, remis entre les mains de Henri de Blois, évéque de Winchester et frère du roi Etienne, les pouvoirs de légat en Angleterre. En vertu de ce titre, Henri avait entraîné le clergé, sans en excepter l'Archevêque de Cantorbéry, tantôt dans le camp de son frère, tantôt dans celui de Mathilde. D'autre part, le primat souffrait de se voir placé sous l'obéissance d'un de ses suffragants, alors que ses prédécesseurs avaient toujours été les chefs suprêmes de l'Eglise dans la Grancie-Bretagne. En droit, l'acte du pape était parfaitement légitime ; en fait, il pouvait y avoir une réelle utilité à faire sentir aux Anglais que leur Église n'était point constituée en patriarcat d'une manière tellement immuable que le Pontife romain n'eût la liberté d'y intervenir, selon tel mode qui lui semblerait juste. Le ton des chroniqueurs <:ontemporains prouve qu'ils avaient grand besoin de cet
enseignement, mais aussi qu'ils n'en surent guère profiter. Il faut bien avouer, d'ailleurs, que l'usage fait de l'autorité apostolique par l'évêque de Winchester n'était propre à éclairer personne. Le prélat tenait de trop près à l'un des partis engagés dans une lutte impitoyable pour que les pouvoirs de légat ne devinssent pas entre ses mains une arme politique au lieu d'être la sauvegarde du droit et de la justice. Innocent II n'avait certainement pas prévu ce résultat. Le clergé anglais souffrait avec peine un pareil état de choses, et la légation de l'évêque Henri de Blois ne portait aucun fruit pour l'Eglise. Si nous en croyons les affirmations répétées du chroniqueur Gervais, les mesures prises par le légat étant toujours suspectes, elles étaient constamment entravées par des appels au Saint-Siège. Il parait qu'on n'avait point coutume auparavant de recourir si souvent au Souverain Pontife ; à certains égards, il y avait là une heureuse innovation dans la pratique des Églises d'Angleterre, toujours trop portées à s'isoler de Rome pour s'enfermer dans le cercle de la juridiction de Cantorbéry. Cependant l'abus des meilleures choses peut provoquer de fâcheux résultats ; et nous n'aurons que trop l'occasion de voir combien de désordres pouvait produire l'application abusive d'un principe nécessaire et vital. Thibaut se résolut donc à sortir d'une situation devenue difficile. Nous est-il permis d'entrevoir ici l'action de Thomas Becket ? Oui, car il fut le principal instrument dont l'Archevêque voulut se servir dans cette négociation, un contemporain nous l'affirme (^i ). Or, le
I. Gerv. Cant., t. ii, page 384. ;< Thomas clerici Lundoniensis industria fretus. » Ce témoignage est d'autant plus important que Gervais suit pas à pas, et copie souvent mot à mot, pour les années qui nous occupent, la chronique de Henri, archidiacre de Huntingdon ; celui-ci était un familier de Thibaut et il connut Thomas à la cour de Cantorbéry (Cfr. Gcrvase of Caiitcrbujy, éd. Stubbs, t. i, préf. page xxi).