‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 24 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

jeune clerc de Londres était peut-être le dernier arrivé à la cour primatiale : il n'y était pas encore admis depuis un an, et par deux fois il avait reçu l'ordre de s'en éloigner : comment le primat eût-il songé à s'appuyer sur lui dans de telles conjonctures, s'il n'eût été certain que Thomas était tout spécialement acquis à sa cause ? Et comment l'Archevêque eût-il connu les sentiments de son clerc, si celui-ci ne les lui eût manifestés? Nous allons suivre pendant huit années l'exécution d'un pkm nettement dessiné ; et au début comme au dénouement de cette longue campagne, à la fois politique et religieuse, un contemporain témoin des faits nous répétera que Becket en fut l'âme. Le jeune homme visait à soustraire d'abord le primat d'Angleterre à la sujétion del'évêque de Winchester, pour le détacher ensuite du parti d'Etienne, et le ramener enfin à la maison d'Anjou, qui avait pour elle le droit. L'Archevêque Thibaut, naguère flottant d'un prétendant à l'autre, va prendre peu à peu une position stable, et s'y fixer enfin avec une constance qui n'est point dans son caractère. Elle ne peut s'expliquer que par l'action d'un conseiller ferme et puissant ; or, l'histoire dit que tel était, à cette époque même, le rôle de Thomas Becket.

Pour résoudre la question relative aux pouvoirs de Henri de Blois, Thibaut prit, avons-nous dit, le chemin de Rome. On était au mois de septembre 1143. L'Archevêque et sa suite arrivèrent à Clairvaux, et y trouvèrent saint Bernard; mais au lieu de lui demander une lettre d'introduction auprès du Pape Innocent II, le primat d'Angleterre ne put que prier le saint abbé d'exposer au Souverain Pontife le but du voyage, et les raisons majeures qui en arrêtaient l'accomplissement. Thibaut en effet se voyait inopinément obligé de revenir en arrière. Quels motifs l'y contraignaient, nous ne le savons pas

d'une manière précise ; toutefois il est clair, d'après la lettre même de saint Bernard au Pape, que ces raisons étaient d'ordre politique (i).

Le primat d'Angleterre ne renonça pas cependant à suivre l'affaire, bien qu'il ne pût agir en personne ; et ce fut Thomas qu'il chargea d'aller négocier à Rome. En arrivant dans la Ville éternelle, le plénipotentiaire de l'Archevêque n'y trouva plus le Pape Innocent II, mort le 24 septembre. Dès le 26 du même mois, Célestin II avait été élu par le conclave des Cardinaux, et ce fut à lui que Thomas présenta la requête de l'Archevêque de Cantorbéry (2).

L'avènement du nouveau Pape était un coup de fortune pour la cause de la maison d'Anjou. Alors qu'il n'était encore que le cardinal Gui, du titre de Saint- Marc, le nouvel élu avait combattu les tendances d'Innocent II, qui favorisait les prétentions d'un prince usurpateur sur la foi de témoins trop récusables (3). Thomas

1. La lettre que nous visons ici est la ccxi" dans Tédition de D. Mabillon (Paris, 1680). « Injuste in causam trahitur et ab agendo violenter retrahitur. » Le tourbillon des guerres est aussi mentionné. Il n'est pas téméraire de croire que l'influence de Henri de Blois sur son frère n'était point étrangère au rappel impérieux du primat. — Mais, nous dira-t-on, cette lettre est datée de 1139 par Mabillon. Il est vrai; nous croyons cependant qu'elle doit être en réalité reportée à l'année 1143; car en 1139, Théobald alla jusqu'à Rome ; nous en avons pour garant la chronique de Robert du Mont (ap. Bouquet, t. xiii, page 288) : « A Nativitate Domini usque ad Pentecosten, quousque videlicet ipse (Theobaldus) Roma rediret. » Gervais de Cantorbéry dit de même : « Theobaldus archiepiscopus suscepto pallio a Roma reversus est » (t. i, page iio, ann. 113Q). Or, nous le répétons ici, Gervais avait sous les yeux la chronique de Henri de Huntingdon, lequel accompagna précisément l'Archevêque dans son voyage de 1139 (Bouquet, t. xii, page xlvii ; t. xiii, page vij. La lettre en question ne peut donc se rapporter qu'à celui de 1143.

2. Gerv. Gant. t. 11, page 384. « Egit apud Cœlestinum Papam, »

3. Historia PontificaJis, ap. Pertz, Monuiii. German. t. xx, page 515. — Cap. 41. — L'auteur de cette précieuse chronique anonyme n'est pas anglais, à voir la manière en laquelle il dénature les noms d'outre-mer.

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