CHAPITRE XXI
portail extérieur de l'abbaye. L'évêque allait mettre le pied à rétrier lorsque Thomas se rappela soudain certaine affaire dont il fallait parler sans témoins. Il fit donc retirer pour un instant les gens qui avaient éclairé la marche, et dès que les deux amis furent seuls, l'évéque se mit en selle, Thomas sauta sur un palefroi blanc amené là tout exprès, et ensemble ils partirent au galop sur la route de Térouanne, où ils arrivèrent dans la nuit. L'abbé de Saint-Bertin les suivit à quelques heures, et dès le matin les trois prélats se mettaient en route pour Soissons. Ils firent diligence, et en trois jours la distance fut franchie.
Désormais Thomas se trouvait en sûreté, car il était sur les terres du Roi de France. Mais le dernier jour de son voyage, il avait failli rencontrer l'ambassade anglaise, qui se dirigeait sur Compiègne et dont il coupait la route ; en sorte que dans sa chevauchée il dut passer entre les gens du Roi et Herbert qui les suivait à une étape.
Tandis que le primat d'Angleterre achevait sa course aventureuse, le comte d'Arundel et l'évéque de Londres trouvaient Louis le Jeune au château de Compiègne, et lui remettaient la lettre rovale dont ils étaient porteurs; elle était ainsi conçue (i i :
"' A son seigneur et illustre ami le Roi Louis de « France, Henri, Roi d'Angleterre, duc de Normandie « et d'Aquitaine, comte d'Anjou, salut et amitié.
<' Sachez que Thomas, ci-devant Archevêque de " Cantorbéry, a été jugé publiquement en ma cour, " dans une assemblée plénière des barons de mon '^ royaume, et convaincu de manœuvres perverses, de " trahison et foi mentie envers ma personne. Sachez
I. D. Brial, Recueil des Histor. des Gaules, t. xvi, page 107. — Materials, t. v, page 134.
« aussi qu'il a commis la faute de s'enfuir, portant « le stigmate de félonie, comme vous l'expliqueront « en détail mes ambassadeurs. Je vous prie donc de « ne pas souffrir en votre royaume un homme flétri « pour telles trahisons, ni aucun de ses gens. A cet « ennemi de ma personne, veuillez ne donner ni per- « mettre qu'aucun de vos sujets donne aide ou con- « seil ; car vos ennemis n'en recevraient ni de moi « ni d'aucun de mes sujets à ma connaissance. Bien « plutôt je vous prie de m'aider efficacement à venger « l'injure que j'ai reçue de mon grand ennemi, et de « prendre en main le soin de mon honneur comme « vous souhaiteriez me voir faire à votre égard, le « cas échéant.
« Écrit à Northampton.
« Contresigné : Robert, comte de Leicester. »
Henri Plantagenet s'était trompé en adressant une pareille lettre au Roi de France. Quand, à la première ligne, Louis VII lut ces mots : « Thomas, ci-devant « Archevêque », il s'arrêta : « Qui donc a déposé Sa « Seigneurie ? » demanda-t-il aux ambassadeurs.
La question était embarrassante, et personne ne répondit. Le Roi insista, mais ne recevant pas plus de réponse, il ajouta :
^i Certes, je suis roi dans mon royaume autant que « le Roi d'Angleterre dans le sien. Pourtant je ne me « reconnais pas le pouvoir de déposer le dernier clerc « de mes états. »
L'audience commençait mal ; Gilbert ne désespérait cependant pas encore. Il tenta d'obtenir au moins une lettre à l'adresse du Pape, et conçue dans un sens favorable à Henri Plantagenet; mais Louis semblait peu disposé à une telle démarche. Pour vaincre sa