‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 233 sur 294 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

résistance, on ne rougit pas de lui rappeler que Thomas Becket, jadis Chancelier d'Angleterre, était l'homme auquel la France devait les échecs diplomatiques et militaires des dernières années :

« Son devoir était de servir son Roi, répliqua « Louis Vil ; il n'a fait que le remplir, et on lui devait « pour cela une autre récompense que l'exil. »

Il fallait l'impudence de Gilbert Foliot pour tenir contre une pareille riposte. Comme il insistait encore pour obtenir une lettre :

« Hé bien 1 oui, s'écria le Roi, j'écrirai ; mais soyez <' certains que ce ne sera pas pour vous appuyer. »

Cette fois il n'y avait plus d'instances possibles pour les négociateurs, qui se retirèrent et préparèrent leur départ. Le lendemaiji arrivaient Herbert et son compagnon ; Louis le Jeune leur donna immédiatement audience, et leur lit l'accueil le plus affable. Au récit des souffrances de celui qu'il avait connu Chancelier d'Angleterre et qui avait su alors conquérir son estime, Louis se sentit profondément ému. Il répondit à la confiance des deux députés en leur faisant connaître le sens de la lettre que lui avait écrite Henri Plantagenet, puis de la réponse qu'il y avait faite. 11 ajouta:

— Avant de traiter de la sorte un ami si dévoué « de sa personne, un homme constitué en une dignité « si haute, le Roi Henri aurait dû se rappeler le verset « du psaume : Irritez-vous, mais ne péchez pas, irasci- « mini et nolite peccare.

— C'est qu'il ne l'entend pas aussi souvent que nous « à l'office », repartit le compagnon de Herbert (i).

I. Ce verset du ps. iv revient en effet au moins une fois chaque jour, dans l'office, à l'heure de Complies. La réplique du messager est précisément un des détails qui nous font croire que le compagnon de Herbert était Alexandre le Gallois, dont nous connaissons l'esprit prompt à la répartie.

Le Roi ne put s'empêcher de sourire; il mit fin à l'audience en déclarant son intention de consulter ses conseillers sur ce qu'il y avait à faire pour l'Archevêque. La solution ne pouvait être douteuse, Louis VII ayant offert au primat d'Angleterre un refuge dans ses états, il y avait de cela quelques mois à peine ; et le généreux prince n'était pas homme à oublier si tôt ses royales promesses. Le lendemain matin, en effet, Herbert vint prendre congé du Roi, et Louis le chargea d'assurer son maître qu'il pouvait en toute sécurité demeurer dans le royaume; car, ajouta-t-il, c'est un antique et glorieux privilège de la couronne de France que de protéger les exilés, spécialement les hommes d'Église, contre leurs persécuteurs. Les députés de l'Archevêque, tout joyeux de leur succès, se remirent en route, courant de nouveau sur les traces des ambassadeurs anglais. Ceux-ci avaient rallié le groupe de prélats conduit par l'archevêque d'York, et s'étaient, de concert avec eux, dirigés vers Sens où ils comptaient trouver le Pape ; mais ils jugeaient prudent de dissimuler leur qualité. Il n'y avait plus là que le comte d'Arundel, voyageant avec sa suite. C'est que la cause de Thomas excitait partout des S3'mpathies ardentes, qui se manifestaient sans ménagements. Les envoyés de Henri II comprenaient que leur maître ne pouvait essayer de comprimer un pareil élan, et qu'il n'était plus sûr de se recommander ouvertement de lui. Ils arrivèrent à Sens ; vingt-quatre heures après eux, Herbert et son compagnon entraient dans la ville, et le soir même obtenaient une audience du Saint-Père. Ils exposèrent avec respect toute l'histoire des souffrances de l'Archevêque de Cantorbéry depuis l'ouverture du parlement de Northampton jusqu'à son arrivée ea France. En écoutant ce récit,

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