CHAPITRE XXI
double lapsus provoqua une hilarité générale, au milieu de laquelle un des assistants, risquant un jeu de mots, s'écria : « Au port tu échoues » ! L'orateur en demeura bouche close.
L'archevêque d'York fut plus habile, mais non moins âpre. En quelques mots assez brefs il déclara Thomas un esprit opiniâtre, obstiné contre les volontés du Roi sans motifs sérieux ; la seule ressource était dans la vigueur du Pape, et l'on demandait au Saint-Père de « faire sentir au rebelle le poids de son bras ».
Enfin l'évêque d'Exeter prit la parole. Le timide Barthélémy demandait simplement que le Pape renvoyât l'Archevêque en Angleterre, pour que le différend fût tranché par des légats en présence du primat et du Roi ; en d'autres termes, que le Souverain Pontife précipitât l'exilé dans la fosse aux lions.
Dans tout cela, remarquons-le, pas la moindre mention de l'appel formé contre saint Thomas par les évoques ; ou bien faudrait-il croire que ces invectives tenaient lieu de plaidoyer ? Mais à Northampton les prélats avaient interjeté appel parce que l'Archevêque leur interdisait de mettre en pratique les articles de Clarendon pour obéir au Roi : comment trouver l'exposé de cette question dans les diatribes des ambassadeurs? Leur cause, d'ailleurs, était perdue d'avance par la violence même de leur langage ; mais un auxiliaire inattendu vint à leur aide. Pendant que les prélats discouraient, le comte d'Arundel était demeuré silencieux à la tête des autres seigneurs anglais. Voyant que Roger de Worcester, le dernier des évêques présents, ne paraissait pas disposé à parler, le comte demanda la permission de dire quelques mots ; puis s'exprimant en langue normande, il dit:
« Seigneur Pape, nous autres, hommes sans lettres,
« nous n'avons rien entendu de ce que les évêques « viennent de vous exposer ; il nous faut donc expli- « quer nous-mêmes de notre mieux l'objet de notre « mission. Nous n'avons point été envoyés ici pour « discuter ni pour outrager qui que ce fût, surtout en « présence d'une majesté devant laquelle le monde en- « tier ne saurait que s'incliner. Nous sommes chargés « d'exprimer à vous et à l'Église romaine les sentiments « de dévouement et d'amour que le Roi notre maître « a toujours nourris et qu'il continue à entretenir à « votre égard. Et à qui donc a-t-il donné mission de « les faire connaître ici ? Aux personnages les plus « éminents et les plus nobles de ses états : archevêque, « évêques, comtes et barons. Si le Roi eut pu trouver « en ses domaines un personnage plus considérable, il « l'eut chargé de venir déclarer quel respect il professe « envers vous et envers l'Église romaine. Ne pouvons- « nous ajouter qu'aux jours où Votre Sainteté com- « mençait à régner, elle a pu apprendre à connaître la « fidélité, le dévouement de notre Roi, qui se mettait « à son service avec tout ce qu'il possédait? Nous « croyons fermement que dans toute l'Église catho- « lique, dont vous êtes l'unique chef, on ne pourrait « trouver chrétien plus sincère, plus désireux de con- « server la paix. D'autre part il est certain que le sei- «; gneur Archevêque de Cantorbéry est un prélat de € tous points accompli, prudent et discret dans ses «; démarches; plusieurs jugent seulement qu'il manque « un peu de souplesse. N'était donc le dissentiment « qui s'est manifesté entre le Roi et l'Archevêque, « l'État et le Sacerdoce n'auraient qu'à vivre heureux « et paisibles, sous la conduite d'un excellent prince « et d'un sage primat. Aussi n'avons-nous à deman- « der à Votre Sainteté autre chose que de vouloir