CHAPITRE XXI
€ bien faire tout ce qui sera possible pour aplanir « ce différend, et ramener ainsi la paix et la tran- « quillité. //
Arundel était bien toujours l'orateur persuasif qui avait jadis, sous les murs de Wallingford, arrêté enfin la guerre civile. Son discours adroit et modéré produisit la plus favorable impression sur les membres du consistoire, et sauva la négociation, compromise par la violence des prélats. Ceux-ci bénéficièrent de^ l'accueil fait aux paroles du comte, et furent admis à exposer en détail ce que demandait le Roi. En somme c'était ce qu'avait déjà dit Barthélémy d'Exeter: Henri voulait que l'Archevêque fût contraint à retourner en Angleterre, et que le Pape envoyât un ou deux cardinaux avec pouvoirs de légats pour juger sur place entre le Roi et le primat; prétentions exorbitantes, qu'un Plantagenet pouvait seul formuler. Ainsi l'on venait à la cour pontificale demander que le Souverain Pontife se dessaisît personnellement de la cause, quand les parties étaient en sa présence ! Puis qu'était-ce que cette proposition de renvoyer l'Archevêque en Angleterre, sinon le plus grossier des pièges? Pouvait-on cacher à tous les yeux ce qui s'était passé à Clarendon et à Northampton? Le maladroit langage des évêques anglais ne trahissait-il pas à lui seul les dispositions du prince dont ils se faisaient les organes ? Quelle serait la situation des cardinaux envoyés comme légats, et dès lors exposés à toutes les violences comme aux mille séductions dont la cour a le secret ?
Aussi le Souverain Pontife était-il loin d'acquiescer aux réclamations des négociateurs, et de consentir à remettre le jugement de cette cause majeure à des légats : 'T C'est mon privilège, disait-il, et je ne le céderai '■' à personne: glon'ain mcain alteri non dabo. j/ Du
reste, observait Alexandre, quel besoin d'envoyer des cardinaux en Angleterre ? L'Archevêque n'est pas loin d'ici ; les mandataires du Roi sont en notre présence ; nous pourrons donc prononcer sous peu de jours et en connaissance de cause.
Mais voici où nous saisissons l'action de celui qui en réalité conduisait toute la négociation, bien qu'il ne parlât pas en public. Jean d'Oxford était présent en effet, on ne l'a pas oublié. Aux propositions du Pape les ambassadeurs répondirent : « Nos instructions sont « formelles; nous avons l'ordre de repartir sous trois « jours avec la réponse de Votre Sainteté ; il nous « est donc impossible d'attendre que l'Archevêque « consente à comparaître ici. ?/ Voilà bien un des procédés favoris de Jean d'Oxford, qui le mettra plus d'une fois en pratique. Puis on vit se lever les auxiliaires que Jean comptait dans le Sacré-Collège, et surtout le cardinal Guillaume de Pavie. Nous sommes, disaient-ils, dans un temps de schisme, en présence d'un nouvel antipape (i); d'après les récents événements survenus en Angleterre, ne voit-on pas que le Roi Henri peut, s'il le veut, séparer ses vastes états de la communion romaine? Que le Pape légitime lui devienne odieux, il y aura grand danger de voir ce puissant prince faire cause commune avec la créature de Barberousse ; le Saint-Siège a donc tout intérêt à se montrer conciliant avec Henri Plantagenet. C'étaient tous les arguments de Jean d'Oxford ; mais Alexandre III se refusait à céder sous une pression si évidente, et n'entendait point signer la paix sur le tombeau du droit.
Ainsi se passèrent en délibérations les trois jours de
I. Gui de Crema, auquel Frédéric Barberousse avait donné la succession d'Octavien.