CHAPITRE XXI
délai que les ambassadeurs avaient daigné accorder au Souverain Pontife: et comme, à l'expiration du terme fixé, ils ne recevaient aucune réponse à leur sommation, les évêques se décidèrent à repartir pour l'Angleterre les mains vides. Le Pape les fit accompagner par un personnage de sa cour qu'il envoyait vers Henri II afin d'expliquer au Roi la conduite et les intentions du Pontife romain.
Les ambassadeurs hâtaient leur marche, sentant autour d'eux s'accentuer l'énergique réprobation qui se manifestait dans tout le royaume de France; ils en étaient à concevoir des craintes sérieuses, ne pouvant plus se dissimuler sous aucun pseudonyme, et il leur tardait de rentrer sur les terres de Flandre. Pendant que l'ambassade, à peine sortie de Sens, côtoyait par la rive gauche le cours de l'Yonne, elle vit venir en sens contraire sur l'autre rive une nombreuse escorte, qui pouvait bien compter trois cents chevaux. A leur grande stupéfaction, les prélats et les seigneurs anglais reconnurent dans le chef du brillant cortège l'Archevêque de Cantorbéry en personne, qui allait dans cet appareil se présenter au Souverain Pontife. Les ambassadeurs comprirent-ils que l'arrivée de leur adversaire quelques heures seulement après leur départ, prouverait leur mauvaise foi, puisqu'en montrant un peu moins de hauteur et d'impatience ils auraient pu plaider, devant le Pape lui-même et contradictoirement, la cause qui les avait amenés? Ils achevèrent du moins cette démonstration en ne revenant pas sur leur décision, et renoncèrent même à la possibilité de dire qu'ils n'avaient pas reconnu le primat d'Angleterre ; car ils chargèrent en ce moment Gui le Roux, l'un d'entre eux, de rebrousser chemin, et d'aller s'assurer par lui-même de l'accueil fait à l'Archevêque par le Pape
et les cardinaux. Quant à eux, ils continuèrent leur route vers le nord; seul Jean d'Oxford se dirigea vers l'Anjou, dans le dessein de conférer avec l'impératrice Mathilde, qui venait de prendre le voile à Fontevrault.