‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 238 sur 294 · LA COUR PONTIFICALE (H · texte numérisé non relu

LA COUR PONTIFICALE (H

Comment se faisait-il que l'Archevêque de Cantorbéry, tout-à-l'heure errant comme un proscrit, se trouvât si tôt entouré d'une suite nombreuse, comme aux jours de ses grandeurs? C'était à Louis le Jeune qu'était dû un changement si soudain. Le lendemain de son entrevue avec Herbert de Bosham, le Roi de France se rendit à Soissons, où il connut la présence de Thomas, arrivé la veille dans cette ville. En compagnie du cardinal Henri de Pise, Louis se hâta d'aller au-devant de l'exilé, lui témoignant toute la sympathie que lui inspirait sa cause et l'intérêt très vif qu'il y prenait. Puis il déclara vouloir défrayer l'Archevêque de tout ce qui lui serait nécessaire ; à quoi Thomas répondit qu'il était pour le moment suffisamment pourvu, mais que néanmoins le temps pourrait venir où l'on devrait recourir aux bons offices du Roi de France. Louis n'en persista pas moins à donner des ordres pour que l'on composât une maison au primat d'Angleterre, et pour qu'on mît à sa disposition tout ce qui pourrait être requis en vue du voyage à la cour pontificale. D'autre part, Thomas voyait venir à lui journellement nombre de hauts dignitaires, surtout des ecclésiastiques, parmi lesquels l'archevêque de Reims, frère du Roi ; démarches inspirées par une

sympathie franche et sincère, qui attacha beaucoup des illustres visiteurs aux pas du primat jusqu'à Sens.

L'affidé que les prélats anglais venaient de dépêcher ne dut pas augurer bien favorablement de leur cause, lorsqu'il vit un certain nombre de cardinaux sortir à cheval hors des portes de la ville au-devant de l'Archevêque de Cantorbéry, comme naguère avant le concile de Tours. Le cortège triomphal du proscrit l'amena jusqu'au palais où résidait Alexandre III ; le Saint-Père lui-même se leva de son siège en voyant entrer Thomas, et le reçut dans ses bras avec toutes les marques de la plus tendre amitié. Toutefois il ne pouvait être question de traiter incontinent les graves affaires qui amenaient l'Archevêque, et le Pape lui permit de se retirer. Thomas avait grand besoin de repos ; depuis un mois, errant et fugitif, il avait à peine trouvé de loin en loin de courts instants de répit au milieu des courses forcées, des voyages aventureux, qui l'avaient amené de Northampton jusqu'aux pieds du Pape.

Quelques jours se passèrent donc sans nouvelle audience à la cour pontificale. L'Archevêque les employa à préparer la défense qu'il devait présenter au Souverain Pontife; car il venait, lui, non pour invectiver contre le Roi d'Angleterre ni contre les évêques, mais pour suivre les appels interjetés à Northampton, d'abord par lui-même contre les procédures auxquelles se prêtaient ses inférieurs, puis par les prélats contre la défense à eux intimée d'appliquer les lois de Clarendon. Au fond, c'était le même sujet dans les deux cas ; si les évêques s'étaient arrogé le droit de juger leur chef, ils avaient agi en vertu des statuts qui les qualifiaient barons du royaume, et attribuaient

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