CHAPITRE XXII ^S
articles de Clarendon ont été un a un examinés, discutés, réfutés avec une impitoyable rigueur, le Souverain Pontife s'écrie :
« Venez, Frère, venez avec confiance auprès de « Nous 1 »
Et le Saint-Père fait asseoir l'Archevêque à ses côtés ; puis en termes chaleureux il redit l'héroïque fidélité que Thomas Becket a déployée au service de l'Eglise et du Saint-Siège, dans les luttes qui ont occupé les derniers mois, et au milieu des périls récemment affrontés pour arriver jusqu'aux pieds du Pontife romain. Parmi les articles qui ont fourni matière à la discussion, quelques-uns pourraient être tolérés à la rigueur, ajoute Alexandre III, mais tous les autres, et c'est le plus grand nombre, ne méritent qu'une condamnation formelle. S'il y a quelque chose à blâmer dans la conduite du primat d'Angleterre, ce n'est point de s'être élevé contre une telle législation, c'est de lui avoir pour un jour accordé son acquiescement. De' la promesse d'abord faite à Clarendon Alexandre ne sait que ce qu'il en a lu dans la lettre de l'Archevêque lui-même, et Thomas s'est accusé sans ménagements, au delà même de ce que réclamait la justice. Le Pape insiste donc sur le blâme avec une sévérité qui serait pénible, si bientôt il ne l'adoucissait en rappelant que tout a été racheté par le courage du primat.
Thomas remercie alors le Saint-Père de l'accueil fait à sa démarche ; mais il croit le moment opportun pour en accomplir une autre dès longtemps méditée. Revenant sur son élection au siège primatial, qu'il croit viciée par l'expression des désirs du Roi, il prie le Souverain Pontife de le décharger du fardeau de l'épiscopat. Et ce disant, il retire de son
doigt l'anneau pastoral qu'il dépose entre les mains du Pape (i).
L'audience ayant pris fin, les exilés quittèrent le palais, et trois jours se passèrent sans que le Pape fît connaître s'il acceptait ou non la démission de Thomas Becket. Si nous en croyons Herbert, l'Archevêque pouvait constater qu'au moins dans la ville Guillaume de Pavie comptait beaucoup d'auxiliaires. Le cardinal était un ami d'Arnulf de Lisieux (2) ; ces deux esprits retors, doués de la même ambition et d'une égale hypocrisie, s'entendaient à merveille et se prêtaient un mutuel appui. Leur commun plan avait été d'obtenir la déposition de Thomas, et leurs communs arguments étaient ceux dont les oreilles de l'exilé furent rebattues pendant ces jours d'attente. A quoi bon, lui disait-on, soulever pareilles questions quand l'Église est déchirée par le schisme ? Que Thomas eût pour lui le bon droit, on le reconnaissait bien volontiers ; néanmoins de telles revendications étaient-elles donc opportunes ? Quand souffle la tempête, qui en sort indemne? le chêne qui résiste ou le roseau qui plie? N'est-ce pas en vue de pareilles conjonctures que l'Évangile a conseillé de laisser croître l'ivraie, pour ne pas risquer d'arracher le bon grain ? Et quotidiennement des cardinaux, des prélats, des hommes considérables, venaient présenter à l'exilé ces pauvres arguments avec l'accent de la plus sincère bienveillance et l'assurance de conseillers expérimentés.
Au palais apostolique, l'agitation n'était pas moins vive. Pour ceux qui poursuivaient par des motifs
1. Il est à remarquer que ni Herbert ni Roger ne mentionnent un tel incident. Guillaume de Cantorbéry et Fitzstephen en parlent au contraire; et Ton voit d'après le récit de ce dernier que le fait était généralement admis comme vrai.