‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 241 sur 294 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

inavoués la déposition du primat, la démission offerte ne pouvait être qu'une heureuse fortune, presque le succès définitif : quelques efforts, et il serait acquis. Pour les tenter on n'eut pas même à solliciter l'appui du tiers-parti, dont les bonnes intentions se manifestaient si clairement auprès de l'Archevêque. L'accord se trouva tout naturellement réalisé, à l'effet d'insister auprès du Souverain Pontife pour qu'on tirât de la démission le plus grand parti possible en vue de rétablir la paix. Ne pouvait-on aisément contenter tout le monde, en transférant l'Archevêque à quelque autre siège illustre de la chrétienté, pour lui substituer un homme avec lequel Henri II pût s'entendre ? Malheureusement nous savons ce qui se disait alors un peu partout, à savoir que Guillaume de Pavie convoitait le siège primatial d'Angleterre, et qu'il était moralement sûr de l'appui du Roi pour y parvenir. La proposition agitée dans les conseils du Pape ne saurait donc nous surprendre.

Toutefois, dans le Sacré-Collège même, plusieurs voix s'élevaient en faveur de la résistance ; le cardinal Henri de Pise et quelques autres princes de l'Eglise étaient acquis à la cause, mais n'auraient peut-être osé s'affirmer si le cardinal Albert, du titre de Saint- Laurent in Liicina (i), n'eût parlé avec sa liberté ordinaire. Dès les premiers jours il avait compris que toute cette affaire ne se réduisait point à une question de personnes, et qu'on y devait voir une question de principes. Aussi proclamait-il Thomas champion non de ses propres idées ni des prérogatives de son siège primatial, mais bien des droits de l'Église romaine, de la discipline générale et de la liberté de

I. Plus tard élu au Souverain Pontificat ; il fut le pape Grégoire VIII.

toute l'Église (i). Quelles raisons le portaient à en juger ainsi ? Nulle autre que l'examen des articles de Clarendon ; et la cause étant d'une telle importance, le cardinal opinait pour la résistance qui lui semblait un devoir. Toute mesure qui impliquerait un désaveu de Thomas Becket, même sous la forme la plus adoucie, donnerait gain de cause à ses antagonistes ; or ne serait-ce donc pas un désaveu que la translation dont on parlait ? Alors même que telle ne serait pas la pensée du Saint-Père en la prononçant, pour le Roi d'Angleterre et pour tout le peuple chrétien l'effet produit vaudrait celui d'un blâme. Au reste, on se jetterait ainsi dans une impasse. Donnerait-on un successeur à Thomas Becket sans tenir compte des préférences royales ? La lutte alors ne serait pas terminée le moins du monde ; elle recommencerait même de suite, à propos de cette nomination nouvelle que le Roi n'accepterait pas. Prendrait-on au contraire l'avis de Henri Plantagenet ? Quel danger, en ce cas, de choisir un complaisant, peut-être un indigne ! Quel qu'il fût d'ailleurs, le nouvel Archevêque serait d'avance découragé par l'échec de son prédécesseur et par l'abstention du clergé inférieur comme des fidèles, peu disposés à recommencer une lutte sans issue. La charte de Clarendon était là, témoin irrécusable des prétentions que le pouvoir royal entendait traduire en lois obligatoires ; dès que la résistance aurait faibli, le nouveau code s'imposerait partout ; et pour être fait sans bruit le mal n'en serait que plus profond.

Alexandre III pesait les avis divers qu'exprimaient les cardinaux, et se renfermait dans le silence. Deux

' I. Materials, t. v, page 114.

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