‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 242 sur 294 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

sentiments se partageaient l'esprit du Pontife, à raison de la situation dans laquelle il se trouvait placé. La première de ses préoccupations était le schisme impérial, que Barberousse venait de ressusciter, en substituant Gui de Crema, surnommé Pascal III, à l'antipape Octavien mort depuis peu. Dès le début de son règne, Alexandre III s'était trouvé aux prises avec le redoutable Empereur, devant les armes duquel il avait dû quitter l'Italie ; et, nous l'avons déjà constaté, l'attitude de la diplomatie pontificale se modifiait selon que les affaires de l'allemand étaient plus ou moins prospères. Toute l'attention de la cour romaine se concentrait sur l'Empire, et une telle préoccupation formait comme le prisme à travers lequel Alexandre III considérait les autres provinces de la chrétienté. La seule possibilité de jeter Henri II dans les bras de Barberousse était pour lui une cause d'angoisses ; la charte de Clarendon témoignait assez des tendances schismatiqucs de Plantagenet, qu'un pape esclave des rois pouvait aisément séduire (i). Le seul espoir de maintenir Henri II dans l'obéissance à l'Église n'était-il pas dans une condescendance inépuisable ? Le Saint- Père le croyait fermement. D'autre part il n'entendait pas sacrifier la discipline et la liberté de l'Eglise au Roi d'Angleterre, comprenant fort bien que ce serait la vouer à toutes les usurpations dans la chrétienté entière. Ainsi balloté entre un devoir impérieux et une crainte malheureusement fondée, l'esprit du Pontife était en proie aux plus dures anxiétés. Il cherchait une solution dilatoire qui n'entamât pas les principes et réservât l'avenir, tout en assurant provisoirement la paix dans le présent. Mais était-il possible de dissi-

Page 1