V. la note F
« xiv" siècle le compilateur islandais, que le bienheu- « reux Archevêque a composé la prose Imperatrix « gloriosa^ et une autre plus courte Hodiernce lux « diei . » Ces deux œuvres, écrites à la louange de la très sainte Mère de Dieu, sont arrivées jusqu'à nos jours; et nous ne sachions pas qu'aucun indice vienne contredire une tradition dont l'antiquité est assez belle. Une autre prose, Gaude flore virginali^ nous est donnée encore pour l'œuvre du saint Archevêque ; elle célèbre les Joies célestes de la Vierge Marie, et se rattache à une légende que nous ne voulons pas omettre, car elle est rappelée dans les manuscrits où nous trouvons cette pièce. L'un d'eux nous en donne même le récit complet: « Nous lisons, y est-il dit, que Thomas, Arche- « vêque de Cantorbéry, avait coutume de répéter avec « grande dévotion les Sept Joies temporelles de la « bienheureuse Vierge Marie. Un jour qu'il les redisait « en son oratoire, selon son habitude, Notre-Dame « lui apparut et lui dit: Pourquoi te réjouir seulement « de mes joies temporelles, et non pas plutôt de celles « que je goûte maintenant dans les cieux, et qui sont « éternelles? Dorénavant, sois heureux et tressaille « avec moi : premièrement, parce que ma gloire sur- « passe la béatitude de tous les Saints; secondement, « parce que mon éclat illumine toute la cour céleste, « ainsi que le soleil illumine le jour ; troisièmement, « parce que tous les hôtes des cieux m'obéissent et « m'honorent dans l'éternité ; quatrièmement, parce « que mon Fils et moi n'avons qu'une même volonté ; « cinquièmement, parce que Dieu récompense selon « qu'il me plaît tous mes serviteurs, dans le temps « et dans l'éternité ; sixièmement, parce que je siège « après la Sainte Trinité, dans mon corps glorifié ; « septièmement, parce que je suis assurée que ces
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« joies n'auront point de fin. Quiconque m'honorera « jamais en se complaisant dans mes joies, recevra la ^ consolation de ma présence lorsque son âme quittera '< son corps, et je la délivrerai de ses malins ennemis, « pour qu'elle possède avec moi les joies éternelles « du Paradis. Le bienheureux Thomas composa donc « les Sept Joies ainsi qu'il suit. » Le manuscrit donne alors le texte que nous reproduisons ailleurs.
Si réellement ces diverses poésies sont sorties du cœur de saint Thomas, et pour notre part nous ne voyons pas de raison pour le contester, il est bien probable qu'elles ne sont pas l'œuVre des premières années de son épiscopat. Thomas était encore, semblet-il, trop peu familier avec le style ecclésiastique, et trop agité par les combats au milieu desquels il se trouvait jeté. Il nous semble plus vraisemblable que l'on doit chercher dans son séjour à Pontigny la période relativement calme où il put consacrer ainsi ses loisirs à chanter les gloires et les prérogatives de la Vierge Marie.
C'est là encore que nous placerions la composition d'autres œuvres qui malheureusement ne nous sont pas parvenues. Nous avons dit plus haut que l'Archevêque aimait surtout à étudier le psautier : or voici ce que nous lisons dans le Thomas Saga du xiv'' siècle: <{ Pour autant qu'on le sait dans le nord, l'Archevêque <' fut le premier à découvrir comment tirer une médi- « tation de chaque psaume, méditations qui lui ont « ensuite fourni des strophes à la louange de Notre- « Dame. C'est à son exemple qu'Etienne Langton a fait « de même en Angleterre, et que plus tard encore un « travail analogue a été exécuté par trois maîtres dans « l'ouest de l'Ecosse, à la requête de la reine Isabelle « Bruce, qui fut l'épouse d'Eric Magnusson. >/ Ces
derniers mots datent la tradition mentionnée ici, et nous donnent le xiii^ siècle, si voisin de saint Thomas Becket (i). Nous ne pouvons nous inscrire en faux contre une autorité que rien ne vient contredire; ajoutons cependant que saint Thomas ne fut pas le premier à faire des psaumes l'usage que signale le compilateur d'Islande ; l'antiquité ecclésiastique en fournit d'autres exemples, mais il importe peu ; nous n'en aimons pas moins à voir l'Archevêque exilé vivre pleinement de la vie des saints dans sa retraite de Pontigny. Le Seigneur l'avait certainement amené dans ce paisible oasis pour qu'il achevât de s'y fortifier par des communications plus libres de l'Esprit divin. Il est remarquable, en effet, qu'un changement s'opère en lui. Nous l'avons vu jusqu'ici plus d'une fois faiblir en écoutant les conseils d'autrui ; cet ambitieux, cet homme aux calculs perfides, ne nous a montré jusqu'ici qu'un caractère trop docile aux influences étrangères. Mais attendons quelques jours encore ; et au sortir de la silencieuse retraite où il est maintenant enseveli, nous le verrons ferme, inébranlable, tout plein d'une force qui ne peut provenir que de son commerce avec Dieu.
Une cruelle épreuve ne tarda pas à venir l'atteindre ; et il le fallait bien, puisque le Seigneur voulait faire de Thomas Becket plus qu'un grand homme. Dans les premiers jours de l'an 1165 arrivèrent d'Angleterre les plus tristes nouvelles. Les ambassadeurs du Roi, après leur double échec auprès de Louis VII et du Pape,
I. En effet, Eric Magnusson de Norwège épousa Isabelle Bruce en 1293, et mourut le 13 juillet 1299. (Note de M. Magnusson, donnée par le R. P. John Morris, The Life of S. Thomas Becket, page 498). Ainsi dès la fin du xtii'= siècle, et même du temps d'Etienne Langton, dans les premières années de ce même siècle, la tradition était que saint Thomas avait écrit les médita'ions dont il est parlé ci-dessus.