‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 253 sur 294 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

par se dessaisir des bénéfices en question ; mais ce ne fut que pour les remettre aux agents du fisc. Il témoignait en même temps de son obéissance très humble aux ordres de son seigneur et maître en rayant le nom du primat de Cantorbéry dans les prières liturgiques: ainsi en avait ordonné le Roi. Au reste, nul ne doutait que si jamais l'on voyait poindre l'aurore d'une réconciliation entre l'Archevêque et Henri II, Gilbert ne serait pas le dernier à rétablir la mention du nom de Thomas Becket dans les offices publics de l'Église. 11 était bien le digne ancêtre des prélats qu'on vit, quatre cents ans plus tard, se plier docilement à toutes les volontés de Henri Vlll et d'Elisabeth.

Le primat exilé recevait successivement toutes ces nouvelles qui venaient chaque jour augmenter ses douleurs ; mais son affliction fut au comble quand il vit le Roi d'Angleterre tendre la main à la faction schismatique d'Allemagne. Dans les premiers mois de l'année 1163, l'archevêque de Cologne, un des principaux fauteurs du schisme, passait en Angleterre et allait à Londres négocier le mariage d'une fille de Henri avec le duc de Saxe, un des plus obstinés adhérents de l'antipape (i). Les dispositions du clergé anglais se manifestèrent alors d'une manière assez caractéristique : les prélats n'osaient pas fermer au schismatique archevêque l'entrée de leurs églises ni lui interdire d'y célébrer le saint Sacrifice; mais après le départ de l'ambassadeur impérial, les prêtres démolissaient les autels profanés par le sacrilège. En dépit de cette protestation, le mariage princier fut conclu, et LIenri II alla plus loin encore.

I. Baron. Annal., ann. 1 165, page 252. — Gcrv. Cantuar., t. i, page 204. — Rad. de Diceto, t. i, page 318.

Un conciliabule ayant été convoqué par l'Empereur à Wûrzbourg, pour les fêtes de la Pentecôte, à l'effet de reconnaître l'antipape Gui de Crema, dit Pascal III, le Roi d'Angleterre députa deux ambassadeurs chargés de le représenter au sein de la criminelle assemblée. Jean d'Oxford et Richard d'Ilchester, que nous connaissons bien, reçurent mission de porter à Frédéric Barberousse, de la part de leur maître, la promesse d'amener cinquante évêques à l'obédience de l'antipape (i). Et en effet, Jean prêta, au nom du Roi d'Angleterre, le serment que l'Empereur exigeait de tous les prélats et seigneurs réunis autour de lui à Wûrzbourg. Sans doute, il nia ensuite le caractère schisraatique de sa participation au conciliabule ; mais c'est Jean le fureur qui parle, et tant vaut l'homme tant vaut le témoignage. Pour l'appuyer nous ne trouvons qu'une lettre naïve du bon Rotrou de Warvvich, devenu archevêque de Rouen. Par contre, nous avons la lettre même qu'écrivit alors à l'Empereur le Roi d'Angleterre, et nous y lisons ceci : « Depuis longtemps je désire trouver « une occasion de rompre avec le Pape et ses perfides « cardinaux, qui osent bien prendre contre moi parti « pour le traître Thomas, ci-devant archevêque de « Cantorbéry. Mes envoyés vont leur signifier publi- « quement d'avoir à lui retirer leur appui, à casser « tous ses actes, à me débarrasser d'un tel homme « en sorte que je puisse lui donner un successeur. Que « si le Pape repousse une seule de mes demandes, à « l'avenir ni moi, ni mes barons, ni mon clergé, ne « lui obéirons plus ; nous lui déclarerons la guerre, « et je chasserai de mes états quiconque ne se séparera « pas de sa communion (2;. » Il y avait certainement

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