Ibid., t. VI, pag
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Herbert le trouva gravement malade. Aux questions de son ami, Thomas répondit d'abord d'une manière évasive, en cherchant à détourner l'entretien. Mais Herbert insista, et finit par obtenir un demi-aveu ; et quoique le malade se refusât à reconnaître dans son nouveau régime la cause de son affaissement, ses clercs prirent sur eux de lui faire rencire les aliments dont il avait besoin. Mais à peine rétabli, Thomas sut bien réparer son échec : un soir Guillaume de Capes, qui depuis quelque temps le surveillait, le surprit plongé dans un des réservoirs d'eau courante qui servaient de lavoirs aux moines. Le saint Archevêque avait depuis plusieurs jours imaginé ce moyen de mortification, d'autant plus dur que par tempérament Thomas avait toujours été très sensible au froid. Les eaux glacées de la rivière lui avaient donc paru amenées là tout exprès pour servir ses généreux desseins.
Afin de donner plus de prix aux souffrances qu'il ajoutait volontairement à tant de douleurs pour appeler sur son peuple la divine miséricorde, l'exilé souhaita d'être uni par quelque lien à l'ordre monastique ; et d'accord avec l'abbé de Pontigny, Guichard, il fit demander au Pape de bénir à son intention une couUe cistercienne. Alexandre III accéda bien volontiers au pieux désir de l'exilé; en lui envoyant l'habit de Citeaux, il lui fit dire: ^< Voici la couUe telle que j'ai « pu me la procurer, mais non pas telle que j'eusse « voulu vous l'envoyer. » La bure en était grossière, en effet, mais elle n'en répondait que mieux aux vœux de Thomas Becket. Le capuce avait été à dessein taillé plus petit que de coutume, parce que l'Archevêque ne voulait pas que le saint vêtement parût à l'extérieur : et dans la même pensée il en fit rogner les manches
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jusqu'à une certaine hauteur. Guichard revêtit de l'habit cistercien son hôte illustre en présence de quelques intimes seulement ; et par là même on peut dire que l'Archevêque de Cantorbéry, sans avoir fait profession de la vie monastique, se trouvait cependant affilié à l'ordre de Citeaux. Sans devenir frère des saints moines qu'abritaient alors les cloîtres cisterciens, Thomas leur était pourtant associé devant Dieu ; par où sa force dans la vie surnaturelle se trouvait multipliée dans une proportion que le Seigneur seul pouvait mesurer; et il n'y a pas de doute qu'il n'ait dû en partie à l'affiliation contractée à Pontigny le merveilleux accroissement de sainteté que nous voyons dès lors en lui. Guichard était entré plus avant encore dans les secrets du noble champion de l'Église. Un jour que celui-ci venait de célébrer la messe avec sa ferveur habituelle, et tandis qu'il demeurait en prière devant l'autel de saint Etienne, une voix se fit entendre qui l'appelait par son nom :
— Thomas ! Thomas !
— Qui êtes-vous, Seigneur, répondit l'Archevêque « à l'exemple de l'Apôtre ?
— Je suis Jésus-Christ, ton Seigneur et ton frère. « Mon Église sera glorifiée dans ton sang, et toi- « même tu seras glorifié en moi. »
Revenu à lui, l'Archevêque se rendit compte que le dialogue avait pu être entendu, et d'un rapide regard il s'assura que la nef était déserte ; mais lorsqu'il se leva pour sortir, il découvrit soudain l'abbé de Pontigny, qu'un pilier avait dérobé à sa vue et qui avait été témoin de tout. Du moins Thomas imposat-il à Guichard le secret le plus absolu, jusqu'au jour où la prédiction serait réalisée. Il savait pouvoir s'en remettre à ce confident, choisi ainsi par Dieu même,
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et qu'il estimait à un degré très spécial; nous en avons pour gage les démarches du primat dans le but de faire élire l'abbé de Pontigny au siège métropolitain de Lyon. Des soins qu'il se donna pour cela il ne reste que quelques traces, mais elles sont assez nettes pour ne point permettre le doute (i!. L'Archevêque de Cantorbérv voulait ainsi payer de quelque manière sa dette de reconnaissance envers l'ordre de Citeaux. Guarin de Galardin, successeur de Guichard sur . le siège iibbatial de Pontigny, hérita du reste de sa charité envers l'exilé.
Au moment où Thomas s'occupait de l'élection de Guichard, une grave nouvelle se répandait rapidement en France. Barberousse ayant été chassé de la Ville éternelle par la peste, et les armes de la Ligue lombarde avant transformé sa retraite en un effroyable désastre. Alexandre III allait partir pour l'Italie et reprendre possession du siège qui demeure toujours celui de saint Pierre, à quelque exil que le Pasteur suprême soit pour un temps condamné. Mais le départ du Pape avant que les affaires d'Angleterre eussent pu être réglées, c'était l'ouverture d'une phase nouvelle dans l'histoire du différend qui tenait anxieux les peuples d'occident. Désormais il n'y aurait plus que la ressource des négociations à longue distance et par intermédiaires, avec tout leur imprévu et leurs chances diverses. Alexandre lll le sentit, et tenta un dernier effort; il voulut voir Henri II en personne, et Louis le Jeune se mit à sa disposition pour ménager une entrevue. Selon la coutume des deux rois, un colloque fut proposé dans lequel les deux souverains traite-
I. Matcri rh, t. v. pag'. 165 et 200. Guichard fut sacré à Montpellier, le 8 août 1165, (les mains du Pape Alexandr(,' II [, ([ui allait s'embarquer pour l'Italie.
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raient du sort de l'Archevêque. Henri accepta ; mais lorsqu'il apprit qu'Alexandre 111 assisterait à la conférence, il retira sa parole (i), et le Souverain Pontife dut renoncer à terminer par lui-même une affaire qui le préoccupait à juste titre. Quant à l'Archevêque de Cantorbéry, qui connaissait trop les hommes, il put prévoir pour l'avenir d'amers déboires et de longues douleurs.
I. D. Bouquet, Recueil des Historiens, t. xii, page 334, A. — Cfr. Materials, t. v, pag. 160-162.