‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 256 sur 294 · LA LETTRE DE GILBERT FOLIOT · texte numérisé non relu

LA LETTRE DE GILBERT FOLIOT

Il était impossible de discuter suffisamment, au cours de notre récit, la lettre de l'évèque de Londres, qui est bien plutôt un pamphlet qu'une lettre, puisque ce factum occupe vingt-deux pages in-8° dans l'édition du chanoine Robertson. Il est cependant nécessaire d'étudier sérieusement la valeur de ce document, puisque de nos jours plusieurs historiens protestants ont basé sur les données qu'il renferme leurs appréciations relatives au caractère de saint Thomas Becket. Lord Lyttelton, dans sa Vie de Henri II ; lord Campbell, dans ses Vies des Chanceliers d' A iigleterre ; le chanoine Robertson, dans sa Biographie de Becket ; tous ont été chercher là leur inspiration. Nous ne parlons pas de J. A. Froude, ses préjugés sont assez connus. En réalité, si le pamphlet de Gilbert Foliot mérite créance, il est heureux pour Thomas Becket que sa glorieuse fin ait réparé les fautes graves commises pendant sa carrière de Chancelier et d'Archevêque. Il importe donc extrêmement d'être éclairé sur la valeur du témoin à charge cité par les auteurs anglicans.

Le pamphlet dont il est question ne se trouve pas dans le manuscrit du ^^atican n" 1220 qui contient la collection des lettres réunies par Alain Tewkesbury à la fin du wf siècle. Mais par une singulière anomalie, nous rencontrons deux fois la mention de cette volumineuse lettre h la table de ce même manuscrit. Il est évident qu'elle était comprise dans une collection plus ancienne, dont celle du Vatican est une copie. Pourquoi l'a-t-on omise dans ce dernier manuscrit? Nous examinerons plus loin cette question. Le copiste a reproduit finalement l'index de l'original qu'il suivait, sans remarquer qu'il se donnait à lui-même un démenti. Trois autres manuscrits ont fourni la même lettre à l'éditeur des Materials: Cottonien. Claudius B, II. — Bodléien. Douce, 287. — Bodléien. Cave, 249. Dans ce dernier, véritable recueil, composé de feuilles écrites par différentes mains d'après des méthodes di-

verses, la lettre de Foliot est placée à la fin; elle est d'une écriture très fine, qui ne se retrouve pas dans le reste du manuscrit ; du moins c'est ce que croit pouvoir attester le chanoine Robertson (i). D'après cet ensemble de renseignements, nous voyons que le pamphlet de Gilbert avait cours à l'époque où furent écrits ces divers recueils de lettres. Il serait d'une grande importance pour nous de savoir l'âge de chacun d'eux ; malheureusement l'éditeur des Materials n'a pas la moindre indication à nous donner sur ce point. Les arguments extrinsèques à la lettre elle-même sont de ce chef notablement réduits. Nous pouvons cependant noter que sur les quatre manuscrits, deux semblent peu favorables au pamphlet qui nous occupe : le manuscrit Cave, qui le donne comme une sorte d'appendice, en dehors de la série des lettres ; et le manuscrit de la Vaticane, qui n'en garde que le titre. Pourquoi cette exclusion? Le chanoine Robertson suppose que le copiste a trouvé le document si fort contre saint Thomas qu'il l'a omis; singulière explication en vérité ; car enfin, lorsque le copiste avait sous les yeux un manuscrit où se trouvait la lettre compromettante, quel profit pouvait-il espérer pour le Saint de la suppression opérée dans son propre travail? De plus, il aurait dû, pour être fidèle à la pensée qu'on lui prête, retrancher dans les autres lettres bien des reproches, souvent amers, que faisaient à Thomas des bouches amies et des personnages autorisés ; car dans ces cas là, il est clair que la réputation du Saint est plus atteinte que par la diatribe virulente d'un ennemi déclaré. Pourquoi, par exemple, n'avoir pas supprimé le rapport envoyé par le cardinal Guillaume de Pavie au Pape, au sujet de la Conférence des Planches? 11 y a là de graves accusations articulées contre saint Thomas? Il nous semble beaucoup plus simple de croire que le copiste a omis le pamphlet de Gilbert Foliot parce qu'il le considérait comme un document sans aucune autorité. 11 est vrai que le chanoine Robertson pouvait difficilement prêter pareille pensée à l'auteur du manuscrit Vatican, puisqu'il accorde une grande valeur au pamphlet, jusqu'à rompre une lance en faveur des assertions les plus monstrueuses qu'on y rencontre. Pour nous, n'ayant plus que la ressource des preuves intrinsèques, nous nous en servirons pour démontrer que ce factum ne mérite aucune créance, et qu'il est très probablement apocryphe. Cette dernière opinion a déjà été soutenue par M. Berington [Henri II, page 6^7).

L'interminable lettre « Mnîtiplicein iiobis et diffiisam (2) » n'est

Page 1