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Vieux souvenir des lois romaines relatives à la condition des esclaves, transporté dans la législation du xif siècle par les nouveaux légistes. Ces quelques mots jettent un triste jour sur l'état d'intériorité où se trouvait le mouvement politique en Angleterre par rapport à ce qu'il était en France au temps de Louis le Jeune. Dans notre pays, le servage dans sa rigueur avait presque disparu à la fin du xii« siècle ; les serfs existaient encore, il est vrai, mais de moins en moins nombreux, et leur condition n'était plus celle de l'esclave des temps antiques ni même du premier moyen-âge : or, la prohibition que le droit canonique avait empruntée au droit romain, à raison des nécessités sociales, ne visait que les esclaves. Que si l'expression riistici signifiait non plus les serfs mais les vilains, alors l'injustice de la loi serait certaine, cette classe d'hommes ne pouvant être assimilée aux esclaves de l'antiquité. L'article en question ne pouvait qu'entraver le mouvement d'émancipation, et ce n'était d'ailleurs pas au pouvoir laïque de distinguer qui pouvait ou ne pouvait pas être promu aux ordres sacrés. Et s'il y avait à prévenir un dommage possible pour les seigneurs, c'était affaire à négocier entre les deux pouvoirs, mais non à trancher par l'autorité seule du moins compétent des deux.
Voilà donc seize articles, parmi lesquels deux ou trois à peine pouvaient être tolérés ; charte maudite qui contenait tous les principes de l'anglicanisme et du gallicanisme (i). Henri VIII est déjà là, chef souverain de l'Eglise, juge de la foi, maître des élections, séparé du Saint-Siège; autour de lui une hiérarchie toute politique sous son habit pontifical ou clérical, ne conservant plus des immunités que de tristes simulacres dont elle ne sait que faire. Et quelle raison en effet donner de ces immunités en faveur d'un corps qui n'est plus l'Eglise sainte et sacrée ?
Quant au gallicanisme, nous le retrouvons là aussi : Gallicanisme parlementaire, dans la surveillance jalouse des tribunaux laïques, bientôt transformés en maîtres du for ecclésiastique, avec leurs
I. Voici les paroles de M. Freeman (Contemporary Rcvicio, Sept. 1878, page 234) : « It must ahvaj's be remembered that, as for as dcalings t( with the court of Rome went, what Henry the Eight did Henry the « Second had tried to do. We honour him for the attempt ; but we sce 'I also that the attempt was prématuré. — Pour autant qu'il y avait affaire « avec la cour de Rome, il faut toujours se rappeler ceci, que Henri II « avait essayé de faire ce que Henri VIII accomplit. Nous faisons hon- « neur au premier de sa tentative, tout en reconnaissant qu'elle était «' prématurée. »
prétentions à juger de Temploi de l'excommunication. Gallicanisme ecclésiastique, dans l'obligation de passer par tous les échelons de la hiérarchie avant d'arriver au Pape, tandis qu'entre le Pontife romain et le dernier des fidèles, la communication doit être libre, et, si besoin en est, directe ; dans la sujétion aveugle à un prince investi déjà de prérogatives immenses, mais qui oublie qu'il les tient de l'Eglise. Gallicanisme royal, dans cette prétention à soustraire la plupart du temps le serment à l'autorité de l'Eglise, conséquence du i" article de 1682. Rien enfin ne ressemble davantage à un roi gallican que ce prince intervenant sans cesse dans les affaires de l'Eglise, distribuant aux diverses juridictions le rôle de leurs affaires judiciaires, posant des entraves arbitraires à la communication des pasteurs et des fidèles avec le Saint-Siège, disposant des bénéfices ecclésiastiques, sinon encore d'une manière absolue et directe, du moins en fait par la pression exercée sur les électeurs. 11 va sur toute la ligne moins loin que le roi anglican, mais ses principes sont au fond les mêmes, et tous se retrouvent dans la charte de Clarendon.