‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 3 sur 294 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

tus d'un des plus illustres saints de l'Église ? Penset-on qu'ils puissent comprendre le martyr dont la mort glorieuse a condamné pour toujours les principes générateurs des erreurs anglicanes ? Non, ou bien nous les verrions rentrer franchement dans nos rangs. Et pourtant ce serait à eux que la parole fût demeurée, si le R. P. John Morris, S. J. n'eût donné naguère une nouvelle édition d'une biographie de saint Thomas Becket, publiée par lui dès l'année 1860 (i). A.vec la bienveillante autorisation de l'auteur, nous avions voulu publier une traduction française de cet ouvrage ; mais il a bien fallu reconnaître que par sa forme il était trop étranger à notre génie national pour rencontrer en France l'accueil dû à son mérite. Nous avons donc cru devoir faire œuvre nouvelle, et livrer au public le fruit de nos propres études.

Les temps que nous traversons ne nous ont pas paru déconseiller pareille tentative. La liberté de l'Église a-t-elle été jamais plus perfidement attaquée, plus gravement mise en péril ? Quel spectacle fortifiant au milieu de nos tristesses que celui d'un pontife abandonné de ses frères^ mais luttant seul pour la sainte cause, au prix de toutes les souffrances, de l'exil, et de la mort même ! De nos jours aussi nous avons vu de ces glorieux exilés, de ces vaillants confesseurs que la prison n'a pu effrayer, que la spoliation n'a pu réduire, et qui eussent donné jusqu'à leur vie \x les

I. The Life and Mariyrdom of S. Thomas Becket, London, 1885 (Burns and Oates), La première édition fut traduite en français par le Comte de Vaulchier (Paris, Leclère, mdccclx).

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persécuteurs eussent osé la demander. A'oici que deux Papes même se succèdent dans les chaînes, proclamant ainsi plus haut que toute autre voix ne pourrait faire les droits de Dieu, de la justice et de la vérité. Se peut-il qu'en de telles conjonctures la pensée des catholiques ne se reporte vers saint Thomas de Cantorbéry, en qui s'est incarnée pour jamais la cause aujourd'hui si combattue? La France, qui jadis épousa sa querelle avec tant de générosité, n'aura-t-elle plus pour lui que des hommages d'emprunt ? Dans son sein aucune voix ne s'élèvera-t-elle pour redire une fois encore les combats du martyr? Qu'elle parle donc, cette voix, si faible qu'elle soit ; à défaut des qualités qui font les maîtres, elle pourra compter sur les grâces promises à l'obéissance religieuse. Elle sera celle du soldat obscur, qui contribue cependant pour sa part au succès en redisant à ses frères d'armes ce qu'il sait des guerres et des triomphes d'autrefois.

Historiquement, d'ailleurs, la tâche est devenue moins difficile, et au dire même d'un iuge compétent, une nouvelle Vie de saint Thomas est devenue nécessaire, depuis la révélation de nouveaux documents (i), dont la publication est due à l'initiative du Gouver nement britannique lui-même. Nous apprécions ailleurs cette édition (2), bien supérieure sous tous rapports à la collection aussi confuse que volumineuse du D' V, s. Nous y trouvons clairement et complètemen

1. A. Du Boys, Revue des Questions Historiques, t. xxxii, pag. 355. — Cfr. ibid. pag. 351, t. xxxvi, pag. 305.

2. V. à la fin du présent volume. Note A, <■ Etude sur les biographes ».

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éditées les œuvres des biographes contemporains de saint Thomas, presque tous témoins oculaires des faits qu'ils racontent : Herbert de Bosham et Jean de Salisbury, amis intimes de l'illustre Archevêque ; Roger de Pontigny, le moine cistercien qui le servit aux jours de l'exil; Guillaume Fitzstephen, référendaire de la chancellerie primatiale ; Guillaume de Cantorbéry, moine bénédictin du monastère cathédral ; Edouard Grim, le dernier défenseur de Thomas, le seul qui ait mêlé son sang à celui du martyr. Là aussi prendra place Garnier, « le clerc de Pont-Sainte- « Maxence », le poëte picard du xiT siècle, à la verve incisive mais soucieuse de la vérité. Mentionnons enfin la plus importante des sources que nous fournit l'édition anglaise, à savoir la correspondance, disposée par ordre chronologique^ des divers personnages mêlés au drame qui agita l'occident.

Le lecteur s'apercevra, d'ailleurs, que nous avons eu recours à bien d'autres auteurs, dont l'énumération serait ici longue, inutile, et qui pis est prétentieuse. Nous sera-t-il pourtant permis de dire que nous croyons avoir mis en œuvre tant de documents avec plus de soin que n'avaient fait nos devanciers, en dépit des vicissitudes et des multiples occupations auxquelles nous avons dû disputer notre temps. Nous tenions d'autant plus à une précision rigoureuse, que, faute d'une étude assez exacte des faits matériels, il deviendrait impossible d'être vrai dans un ordre de faits plus relevés, ceux de l'ordre surnaturel. Ils forment l'âme de l'histoire, surtout de l'histoire des saints; on

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ne le croit plus guère aujourd'hui ; beaucoup le nient, beaucoup plus encore n'y songent point, et ce n'est pas une des moindres aberrations de notre époque. Quiconque n'est pas athée doit pourtant reconnaître que pour l'homme nulle question n'est plus importante que celle de ses rapports avec Dieu; la vie de chaque individu est subordonnée à cette question primordiale, et combien n'osent pas l'avouer publiquement qui en sont plus que d'autres préoccupés dans l'intime de la conscience? Or, si l'histoire a pour but d'être autre chose qu'une nomenclature, si elle doit autant que possible faire connaître entièrement les hommes du passé, peut-elle omettre ce qu'elle sait de leur vie morale, à plus forte raison de leur religion? Si elle ignore une partie si principale de l'humanité, quels enseignements utiles pourront jamais sortir de ses leçons? Aussi l'hagiographie n'est-elle point le pieux passe-temps des plumes débiles, mais constitue-t-elle en réalité, pour le chrétien qui en comprend tous les devoirs, la partie la plus noble et la plus fructueuse de la science historique. Ce terrain, il est vrai, présente plus de difficultés que celui des faits matériels où la patience et le travail peuvent suffire ; néanmoins nous y entrons sans crainte, car nous y trouvons un guide qui ne saurait errer, l'Église. Ses enseignements ne nous donnent point la trame des faits, mais seuls ils permettent d'en apprécier sainement le caractère et bien souvent les relations intimes. Nous n'avons pas voulu un instant les perdre de vue ; que si le Docteur de tous les fidèles croit devoir pro-

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PRÉFACE

noncer sur les doctrines exposées dans notre ouvrage, nous déclarons à l'avance accepter son jugement et l'accepter de tout cœur.

Saint-Paul, sp Avril i8çi.

En la fête de saint Hugues, abbé de Cluny.

DE

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