‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 35 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pourtant certain qu'à la cour pontificale ainsi qu'en Angleterre on la lui attribuait, et qu'il fut même, de la part d'Eugène III, l'objet de mesures exceptionnellement rigoureuses (i). Mais il est juste aussi de lui tenir compte du témoignage à décharge d'un chroniqueur contemporain, bien informé, qui nous a transmis sur les années 1148-1152 des détails nombreux et pleins d'intérêt (2).

D'où qu'ils vinssent, d'ailleurs, les conseils donnés au Roi n'eurent pas pour effet d'arrêter l'Archevêque. Etienne était venu en personne à Cantorbéry, afin d'être plus sûr que bonne garde serait faite autour du primat pour l'empêcher de s'embarquer; mais Thibaut sut dérober son plan. Il envoya dire au prince qu'il faisait partir quelques-uns de ses clercs pour Reims afin d'excuser son absence. Etienne n'y mit point obstacle ; lui-même venait de députer trois évêques pour présenter au Pape les excuses dérisoires d'un épiscopat qui pliait tout entier sous la main royale. Parmi ces députés remarquons Hilaire de Chichester, •sacré l'année précédente, et qui débute ainsi dans son rôle de prélat régaliste.

Pendant que le Roi se rassure, l'Archevêque gagne nuitamment une anse déserte où l'attend une petite barque de pêche mal équipée ; on n'a pu trouver mieux (3),

1. Historia Poiitificalis, ap. Pertz, loc. cit., cap. 2, 4 et 3g.

2. Ibid., cap. 3g. « Sed rex (Stephanus), quod manifesta déclarant opéra, nec illius (Henrici Winton,) nec .sapientis alterius consilio agebatur. » — Nous protestons contre l'absurdité de l'apologue que le chroniqueur met ici dans la bouche du B. Eugène III, et où il suppose des communications impies entre le diable et la mère de Henri de Winchester, Adèle de Blois. Celle-ci, fille du Conquérant, femme d'une haute vertu, d'une grande intelligence, avait terminé ses jours au monastère de Marcigny, fçndé par saint Hugues, abbé de Cluny. Elle méritait mieux que ces odieux propos.

Page 1