‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 37 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tout ému d'une si noble conduite, consentit à accorder au Roi un délai de trois mois. Passé ce terme, Hticnne devait s'attendre à une peine plus grave, qui atteindrait le royaume lui-même, si alors satisfaction n'était pas donnée à l'Église. C'était clairement exprimée la menace d'un interdit qui arrêterait le cours de la vie catholique dans toute l'Angleterre. Outre l'insulte faite au Pape, et la violation récente d'une des libertés les plus nécessaires à rÉglise, Etienne était coupable de bien d'autres fautes graves, qui justifiaient amplement les rigueurs dont Eugène III le menaçait.

A l'issue du concile, persévérant dans sa courageuse attitude, et comptant peut-être sur le bénéfice de sa généreuse intercession auprès du Souverain Pontife, Thibaut reprit tout droit le chemin de Cantorbéry, où il rentra sans trembler. Mais à la nouvelle de ce retour, Etienne, qui se trouvait à Londres, accourut dans la ville métropolitaine. Il n'alla pas au palais primatial ; mais par l'intermédiaire de plusieurs chevaliers, qui pourtant étaient aussi vassaux de l'Archevêque (ij, le roi fit demander au primat compte de sa conduite. Thibaut répondit par la même voie ; les messages se succédèrent, et finalement l'Archevêque reçut l'ordre de sortir au plus tôt du royaume ; ses biens étaient confisqués. Pourtant la sentence d'exil n'atteignait que lui, ses amis et familiers conservant la liberté de le suivre ou de demeurer en Angleterre. Un très petit nombre eut le courage de partager la mauvaise comme la bonne fortune du prélat, et l'accompagna en France. La confiance et l'amitié persévérantes de Thibaut pour Thomas Becket nous garantissent que le fidèle conseiller n'abandonna pas son maître aux jours de l'exil.

I. Histor. PontiJicaJis, cap. 15. — Cfr. Ger\'. Cant., t. i, page 135.

L'Archevêque devait en effet trouver bientôt et souvent l'occasion de consulter Thomas. Il avait relevé de la suspense les évêques et les abbés frappés au concile de Reims, mais non pas Henri de Winchester. Évidemment il craignait de lui délier les mains, dans les circonstances où se trouvaient l'Eglise et le royaume ; en quoi il n'avait pas tort, l'évêque se chargea bien de le prouver. Henri, en effet, se rendit auprès du Pape qui avait repassé les monts, et demanda en personne à être relevé de la suspense : il l'obtint moyennant satisfaction. Mais alors il entreprit de renverser l'œuvre que Thomas Becket avait heureusement édifiée, en demandant pour lui, évêque de Winchester, les pouvoirs de légat, ou tout au moins ceux d'archevêque de l'Angleterre occidentale, celle qui, précisément , obéissait au compétiteur de son frère. Eugène HI ne se laissa heureusement pas influencer par les instances des protecteurs que Henri comptait jusque dans le Sacré Collège, et opposa un refus à la requête du prélat. Celui-ci revint à la charge, et essaya d'obtenir pour son siège, au moins pour luimême, le privilège d'exemption à l'égard du métropolitain. Eugène IH refusa encore, et ainsi sauvegarda les résultats importants obtenus par les négociations de Thomas Becket.

Mais le grand Pontife eut à agir plus directement. Il était à Brescia lorsqu'il vit arriver des envoyés de Thibaut (i). C'est ici encore un des fréquents voyages à la Cour pontificale que les biographes de saint Thomas lui attribuent (2). Il apprit alors à connaître les deux cardinaux Octavien et Gui de Crema, les deux futurs anti-papes de Barberousse, qui plaidaient

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