Gerv. Cantuar., t. i, page
CHAPITRK IV 55
à se soumettre, si l'interdit était observé ; s'il ne l'était pas, c'était contre les évéques prévaricateurs que s'élevait la clameur publique. En fait, Thibaut vit bientôt des négociateurs rovaux lui apporter de sérieuses propositions, et au bout de quelques jours, le primat d'Angleterre put rentrer pacifiquement dans la ville métropolitaine.
Si nous avons rapporté avec quelque détail les phases de ce grave conflit, quoique le nom de Thomas Becket n'y apparaisse guère mêlé, c'est d'abord parce qu'il fut certainement un des principaux inspirateurs de l'Archevêque en ces conjonctures ; nous en avons pour garants les affirmations des chroniqueurs, qui, rapprochées les unes des autres, nous aident à comprendre l'influence de Thomas dans tous ces événements. C'est ensuite parce que les péripéties de l'année 1148 forment comme la préface de sa vie. Mêlé à tous les incidents de la lutte, il vit ce qu'était l'épiscopat anglais, ce que valaient pour l'Église les princes qui se disputaient la couronne ; il mesura les résultats nuls ou regrettables de négociations illusoires, et constata ce que peut l'énergie d'un homme sur des caractères affadis ou dépravés.
La cause de la liberté de l'Eglise sortait victorieuse, en définitive, de la crise qui venait d'avoir lieu ; la suprématie de Cantorbéry, l'autorité du primat sur les autres Églises d'Angleterre, étaient plus nettement affirmées qu'avant l'orage ; les derniers efforts tentés pour les amoindrir avaient échoué. Ces tentatives avaient un but politique autant que religieux: pour les combattre, Thomas, nous l'avons vu, avait lié de son côté une cause politique à celle de la juridiction primatiale. Les résultats acquis en cour de Rome avaient été sauvegardés par la fermeté d'Eugène III,
mais le dernier combat n'était pas livré. Avec la sagacité extraordinaire que les contemporains s'accordent à lui reconnaître, Thomas avait prévu sur quel terrain s'engagerait la lutte décisive, il avait pris ses précautions à l'avance, et il attendait maintenant les événements: ils s'annoncèrent dès l'année suivante. Au mois de mai 1149 débarqua en Angleterre le jeune fils de Mathilde et de Geoffroy Plantagenet. Henri d'Anjou traversa les comtés de l'ouest fidèles à la bannière de l'impératrice-reine, et se rendit à Caiiisle, oti il fut armé chevalier par son grand'oncle maternel, David, roi d'Ecosse. La solennité eut lieu le jour de la Pentecôte, en grand apparat ; là se trouvaient les comtes de Chester et de Hereford^ sans compter les nombreux chevaliers d'Anjou et de Normandie qui avaient passé la mer à la suite du jeune prince, L'Angleterre entière tressaillit. Épuisée par une interminable guerre, elle avait semblé menacée de s'endormir peu à peu dans le marasme, au sein de l'anarchie. Les comtés de l'ouest ne voyaient plus Mathilde , qui était retournée en Anjou ; son vaillant champion, Robert de Glocester, était mort. L'apparition de l'héritier de la couronne^ jeune, vaillant, audacieux et plein de ressources, releva d'un coup tous les courages, et fit trembler les adversaires. De toutes parts, la guerre se ralluma ; le duc Henri retourna, il est vrai, sur le continent après un séjour de dix-huit mois en Angleterre; mais son passage avait changé complètement la face des affaires. L'impression avait été profonde, car ce prince de quinze ans ne s'était point annoncé comme un homme ordinaire ; il n'y a donc pas lieu d'être surpris de voir son compétiteur redoubler d'efforts. En face du fils de Mathilde, Etienne pose Eustache son