‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 41 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

propre fils ; et désormais la question de succession va primer celle de la conquête. Lequel des deux jeunes princes sera reconnu héritier d'une couronne que ni l'un ni l'autre des prétendants actuels n'a réussi à conquérir entière ? La question s'impose, et il faut la résoudre, si l'on ne veut vouer l'Angleterre à la guerre civile pour une génération encore. Mais dans le royaume tout le monde a soif de paix, sauf les aventuriers flamands. Etienne se détermine donc à préparer le dénouement, pendant que son fils prend aux événements politiques, et surtout aux hostilités, une part de plus en plus grande.

Le point capital de la question était l'adhésion de l'autorité religieuse à l'un ou à l'autre des deux partis. L'héritier sur la tête duquel le primat d'Angleterre poserait la couronne, en vertu de son antique privilège, ne tarderait pas à rallier la nation tout entière. Etienne avait lui même largement bénéficié de l'influence religieuse, au début de son usurpation, et il avait fallu, pour lui arracher des mains la victoire, la revendication hardie de Mathilde avec la série de fautes politiques et militaires qu'il avait lui-même commises. Il sentait son pouvoir décroître de jour en jour : le duc d'Anjou lui enlevait la Normandie, et se liguait contre lui avec son beau-frère Thierry d'Alsace, comte de Flandre. Or, depuis les dernières années du roi LIenri r"" la Flandre était reconnue vassale de la couronne d'Angleterre ; en mettant ses armes au service des Plantagenets, Thierry reconnaissait la légitimité de leurs titres au sceptre de la Grande-Bretagne. De ce côté encore, Etienne se voyait vaincu. Petit-fils du Conquérant, il n'avait montré ni la vigueur ni le génie politique de son aïeul, et sa popularité diminuait étrangement. Pour ramener de son côté la fortune, il voulut faire

couronner son fils Eustache, et pour cela il résolut de faire appel au primat d'Angleterre, qui naguère l'avait couronné lui-même.

C'était donc là qu'allait se livrer le dernier combat entre le Roi et l'homme presque inconnu dont la politique avait sans bruit miné celle d'Etienne. Pour prévenir toute faiblesse de l'Archevêque au moment décisif, Thomas Becket avait pris soin d'obtenir du Pape Eugène III des lettres apostoliques, par lesquelles le Pontife confirmait la défense naguère portée par Célestin II et Lucius II relativement à la couronne d'Angleterre. Celle-ci continuant à être considérée comme héritage contesté, Thibaut n'en pouvait disposer (i). Un événement de la plus haute importance vint précipiter le conflit qu'il fallait prévoir.

En l'année 1151, Geoffroy Plantagenet, duc d'Anjou, était mort, laissant ses états à son fils Henri, déjà investi du duché de Normandie. Le nouveau duc avait à peine dix-huit ans. Un an ne s'était pas écoulé qu'une grave nouvelle se répandait en France et en Angleterre : le roi Louis-le-Jeune venait de solliciter et d'obtenir une sentence déclarant nul son mariage avec Éléonore d'Aquitaine, à raison du degré de parenté qui l'unissait à la duchesse. Éléonore quitta la cour de France, reprenant la magnifique dot qu'elle y avait apportée, c'est-à-dire le Poitou et l'Aquitaine. Peu de jours après, l'occident tout entier apprenait avec surprise que la riche héritière avait offert sa main au duc d'Anjou et de Normandie : Henri s'était hâté d'accepter. A dixneuf ans il portait donc quatre couronnes ducales, et

I. Gerv. Cant, t. i, page 130. « Hoc autem factum est subtilissima providentia et perquisitione cujusdam Thomae clerici natione Londoniensis ; pater ejus Gilebertus, mater vero Matildis vocabatur. » — Cfr. Histor. Pontifie.^ cap. 41.

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