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et Roger revint après avoir essuyé un échec complet. Pour le remarquer en passant, ce n'était certes pas là de quoi modérer sa haine contre le simple clerc qui avait réussi naguère là où l'archidiacre de Cantorbéry venait d'échouer.
N'ayant plus rien à attendre des moyens diplomatiques, Etienne recourut avec fureur à la force des armes, et son fils le seconda dignement. Les partisans des Plantagenets (i) appelèrent à leur secours le puissant duc, qui passa la mer au commencement de janvier 1153. Les talents et les succès du jeune prétendant balancèrent ceux du Roi. La guerre semblait se concentrer autour de la forteresse de Wallingford, plusieurs fois assiégée déjà dans les précédentes campagnes; mais les Anglais étaient las de ces luttes fratricides. Le comte d'Arundel, qui servait dans l'armée du Roi, fit entendre des conseils de paix ; une sorte d'armistice fut convenu ; seul Eustache n'y voulut point consentir, et la rage dans le cœur se dirigea vers Cambridge avec ses troupes, décidé à continuer une guerre sans merci. Le 10 août, il tomba soudainement frappé de mort, à l'abbaye d'Edmundsbury.
Ce tragique événement facilitait du moins beaucoup les négociations qui se poursuivaient en vue d'une paix définitive. Rentré en Angleterre au bruit des armes, Thibaut multipliait ses démarches pour accorder les deux partis ; il entretenait le Roi, et
I. Nous nommerons souvent ainsi Henri II, quoique nous sachions que certains érudits anglais regardent le surnom de Plantagenet comme réservé au seul duc Geoffroy. Mais Tusage en France Ta fait étendre à ses premiers descendants; en Angleterre même un écrivain célèbre entre tous n'a pas fait difficulté de désigner Richard C^œur-de-Lion sous le nom de Richard Plantagenet ; d'autres, plus modernes et même contemporains, Font imité en cela.
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faisait passer au duc de fréquents messages. Mais nous savons qu'en semblables circonstances le fidèle Thomas Becket ne quittait guère son maître, et savait corriger adroitement les écarts du bon prélat. Si jamais il fut besoin de suppléer aux lacunes d'une nature peu faite pour les négociations délicates, ce fut bien dans les conjonctures dont nous parlons. Le duc Henri témoignait des dispositions fougueuses qu'il fallait contenir ; le roi Etienne répugnait à se reconnaître vaincu. Son frère, Henri de Winchester, secondait maintenant de tout son pouvoir les efforts du primat en faveur d'une paix trop nécessaire. Enfin une convention fut arrêtée entre les deux partis ; les évoques et les barons du royaume furent convoqués à Winchester pour les derniers jours de novembre, à l'effet d'être informés des conditions de paix et d'en jurer l'observation. L'assemblée eut lieu à la date indiquée, au milieu de l'allégresse générale ; Etienne déclara adopter pour héritier de son trône le jeune duc Henri Plantagenet ; celui-ci, de son côté, promit de considérer Etienne comme son père et lui reconnut sa vie durant la légitime possession de la couronne. Tous les membres de l'assemblée jurèrent d'observer la convention. Pareil serment fut prêté aussi à Londres, la veille de Noël, puis à Oxford le 13 janvier 1154, octave de l'Epiphanie ; ces assemblées successives avaient sans aucun doute pour but d'obliger les dignitaires ecclésiastiques et laïques des diverses parties de l'Angleterre à se lier par le serment.
Le triomphe de la politique poursuivie par Thomas Becket désormais était complet: la couronne demeurait assurée au légitime héritier du roi Henri 1" ; l'Angleterre se voyait délivrée de la guerre civile, unie sous
un même sceptre et une même autorité religieuse. Ceux-là même qui, comme Henri de Winchester, avaient le plus constamment traversé ce vaste plan venaient eux aussi de donner les mains à sa réalisation.