THOMAS BECKET ARCHIDIACRE DE CANTORBÉRY
Eugène III était mort avant d'avoir vu le dénouement de la longue et redoutable crise politique au milieu de laquelle l'Angleterre avait failli s'abîmer. Le grand Pontife s'était éteint au mois de juillet II 53, après avoir donné l'exemple de vertus qui lui ont mérité le titre de Bienheureux. Sa fermeté, sa vigueur, sa rectitude inflexible, lui avaient permis de mettre assez rapidement un terme aux funestes errements d'un prince égaré. Malheureusement le mal n'était pas le fait du seul roi Etienne ; et il était à prévoir que ""es Pontifes romains, successeurs d'Eugène III, auraient grand besoin, et pendant longtemps, d'être aussi fermes et aussi éclairés que lui. A la cour de Cantorbéry l'on ne se faisait aucune illusion sur ce point. Thibaut avait de nombreux sujets d'inquiétudes, l'héritier du trône, désormais reconnu, n'offrant pas beaucoup plus de garanties que le roi régnant. Aussi l'Archevêque ne portait-il que plus d'affection aux rares auxiliaires qu'il trouvait autour de lui, dévoués sans faiblesse aux intérêts de l'Église. Le principal était Thomas Becket, désormais hors de pair parmi tous les membres de la cour primatiale.
C'est au plus tard à Tannée 11 54 qu'il faut fixer
son entrée dans les ordres. Il n'était cependant pas encore diacre ; mais il n'en possédait pas moins déjà de nombreux bénéfices ecclésiastiques, dont la nomenclature n'était point close, à beaucoup près. Que ce cumul fût contraire aux lois canoniques alors en vigueur, cela semble d'abord assez évident (i); toutefois, il convient de remarquer que des exceptions étaient parfois admises, et l'on en cite des exemples probants. Les Souverains Pontifes approuvaient en certaines circonstances des infractions aux règles formulées par les conciles (2) ; lorsqu'il s'agissait de bénéfices simples, c'est-à-dire d'églises ou de dignités auxquelles n'étaient attachées ni l'obligation de la résidence ni la charge d'âmes ; lorsque le personnage auquel étaient conférés ces divers bénéfices mettait au service de l'Église une influence ou des qualités grandement utiles ; alors le Pontife romain, ayant plein pouvoir sur la discipline générale, en faisait assez volontiers fléchir la rigueur, qui eût mis obstacle au bien contre l'intention du législateur. Il y a plus ; à l'époque même qui nous occupe, les évéques étaient dans l'usage de dispenser, pour de justes motifs, au sujet des lois relatives au cumul (3). Or c'était précisément le cas de Thomas Becket ; les faveurs qui venaient le chercher lui étaient conférées spontanément par l'Archevêque de Cantorbéry ou d'autres prélats (4). Les motifs qui animaient Thibaut étaient précisément le zèle de Thomas, et le profit qui en résultait déjà, qui en
1. Cfr. ïhomassin Aiic. et Noi/v. discipline, P. iv, liv. ii, ch. lvixi.