CHAPITRE V
résulterait davantage encore dans l'avenir, pour la cause de l'Eglise.
A l'égard des lois disciplinaires, la pluralité des bénéfices conférés au conseiller du primat doit donc être considérée comme légitime, quoi qu'il en puisse paraître à première vue. Par le fait, Thomas Becket ne semble avoir jamais éprouvé aucun remords à ce sujet; sa conscience, pourtant délicate, ne lui reprocha rien.
11 en fut autrement quant à l'usage des revenus mis de la sorte à sa disposition. 11 ne nous en coûte pas de reconnaître la vérité, puisque Thomas luimême la proclamera en témoignant d'amers regrets. Il avait trente-cinq ans, lorsqu'il se voyait l'objet des faveurs toutes spéciales de l'Archevêque ; les traits si divers de sa physionomie morale s'accentuaient dans toute leur vigueur. D'une part l'intégrité de sa vie demeurait au-dessus de tout soupçon ; la foi était toujours vive et agissante en lui, et se traduisait surtout par une charité inépuisable envers les pauvres. Mais d'autre part une prodigalité sans bornes, un singulier penchant pour le luxe et les divertissements du monde, contrastaient étrangement avec de rares vertus. Chasser à courre, lancer le gerfaut, briller dans les réunions mondaines, dépenser l'argent sans compter, et se dépenser soi-même en amusements frivoles (i) ; tout cela ne convenait guère à un clerc, moins encore à un haut dignitaire de l'Eglise. Tel se montrait pourtant Thomas Becket. Naturellement, chez un homme en qui l'on commençait à reconnaître du génie, les dehors brillants et