‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 48 sur 294 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

devait légitimement la posséder. L'archevêque d'York, quatorze évêques, une multitude de barons et de chevaliers anglais, normands, angevins, assistaient à la cérémonie solennelle du sacre ; la reine Éléonore d'Aquitaine reçut aussi la couronne, agenouillée aux côtés de son époux, qui désormais s'appelait le roi Henri II.

Une ère nouvelle s'ouvrait pour l'Angleterre ; mais l'Archevêque ne l'envisageait pas sans appréhensions au point de vue de l'Église. Il ne doutait pas que le nouveau roi ne réussît à réparer en grande partie les ruines causées par quinze années de guerre civile, et à rendre au royaume la sécurité avec la prospérité matérielle ; mais au regard des choses de l'Église, et partant des intérêts les plus sacrés du peuple chrétien, Thibaut était plus inquiet. Henri Plantagenet avait déjà fourni quelques indices de ses prétentions régaliennes, soit dans ses rapports avec le Saint-Siège (i), soit dans ses relations avec les évêques de ses états (2). En outre, il ne manquait pas à la cour d'hommes tout préparés, on le savait, à de cauteleuses entreprises contre les biens de l'Église, sous prétexte d'affirmer les droits de l'État (3). Le Roi étant bien jeune encore, son caractère impétueux ne devait être que trop facile à exploiter dans le sens de mesures tyranniques. D'autre part, depuis quinze ans Thibaut gouvernait l'Église de Cantorbéry au milieu des circonstances les plus difficiles, mais il sentait ses forces décroître, alors qu'il eût voulu les voir grandir pour faire face à de nouveaux dangers. Il pensa pourtant avoir trouvé le moyen de suppléer à l'insuffisance de son action personnelle.

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