‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 49 sur 294 · Guill. Cant., Materials^ t. i, page · texte numérisé non relu

Guill. Cant., Materials^ t. i, page

■yO SAINT THOMAS DE CANTORBURY

Depuis dix ans il avait pu connaître à fond l'homme qu'il venait de créer archidiacre de Cantorbéry. Sous les apparences brillantes par lesquelles il se laissait volontiers éblouir, et en dépit des goûts frivoles que ne dissimulait point Thomas Becket, le primat avait discerné les incomparables richesses prodiguées par Dieu à cette nature d'élite. Il avait remarqué l'extraordinaire sagacité, la vigueur et la souplesse qui faisaient de Thomas un homme d'Etat; il savait aussi quel sentiment profond des droits de l'Église attachait Becket à la sainte cause bien plus fortement que ne le croyaient des observateurs superficiels. Les contrastes mêmes qui étonnaient chez l'archidiacre de Cantorbéry paraissaient à l'Archevêque autant de qualités propres à servir l'Eglise dans les conjonctures où elle se trouvait placée. S'il devenait possible d'introduire Thomas à la cour, de lui donner là une situation élevée, tout faisait espérer que le nouveau roi serait, comme tout le monde, séduit par des dehors brillants, et laisserait prendre à Becket un réel empire sur la direction des affaires. Le caractère déjà connu de Henri II, violent et impatient de toute contradiction, ne pouvait guère être dirigé autrement ; encore fallait-il pour réussir dans cette mission un homme plein de tact, et d'une fidélité à l'abri du soupçon. Tel était précisément Thomas Becket (i).

I. Les vues de Thibaut sont nettement exposées par les biographes de saint Thomas, aussi bien par Guillaume de Cantorbéry (page 5), que par Roger de Pontigny et le chroniqueur Gervais (t. i, page 160). Herbert de Bosham n'est pas moins explicite [Materials, 1. 11, page 173), ni Jean de Salisbury. Comme Gervais reproduit les termes de Herbert, et Jean de Salisbury ceux de Guillaume, il nous reste en somme trois témoignages positifs et dignes de foi sur cette question. C'est là un point fort important, parce que nous y trouvons la clef de toute la conduite de Thomas comme chancelier. Aussi ne pouvons-nous comprendre pour-

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