‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 5 sur 294 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

trente ans que la dernière biographie du saint avait été écrite, sans mentionner plus que les précédentes la princesse arabe. Mais dans ce laps de temps certains événements avaient eu lieu ; Richard Cœur-de-Lion avait guerroyé en Palestine, le mémorable siège de Saint- Jean d'Acre avait occupé l'attention de toute la chrétienté. Or les croisés anglais avaient, sous les murs de cette ville, imploré d'une manière spéciale le secours de saint Thomas Becket. Son successeur le primat Baudouin avait inscrit sur sa bannière le nom du grand martyr; un chapelain du doyen de Saint-Paul avait fait vœu d'établir dans la ville un hospice avec un cimetière, sous le vocable de saint Thomas ; et après la victoire Richard lui-même avait fondé l'Ordre de Saint- Thomas d'Acre, sous la juridiction des Templiers. De tels faits avaient eu à Londres leur retentissement; et l'hospice déjà fondé sur l'emplacement de la maison de Gilbert Becket reçut le surnom de Saint-Thomas d'Acre. A notre avis il n'en fallait pas davantage pour inspirer à quelque trouvère une ballade, composée à la manière de nos Noëls populaires, dans laquelle les données fournies par les pèlerinages en Terre-Sainte, et devenues déjà communes dans les romans de l'époque, seraient rajeunies par le souvenir du martyr de Cantorbéry (ii. Sans doute le ménestrel ingénieux ne songeait guère à faire entrer dans l'histoire son lai nou-

I. Stanlev confirme notre explication, que d'ailleurs il ne paraît pas avoir prévue, dans la restitution tentée par lui des trophées suspendus audessus de la châsse de saint Thomas. Aujourd'hui encore on voit attaché à la voûte de la cathédrale, au-dessus de l'emplacement vide où brilla le splendide reliquaire, un grand croissant doré. Tout autour sont des anneaux svmétriquement disposés, dont l'ordonnance particulière a conduit le doven à supposer qu'ils supportaient jadis des étendards enlevés aux infidèles. VA par le fait, on ne voit guère quelle autre explication donner. 'Stanlev, Histoi ical meniorials of Caiitcrhury, pag. 29.5'-

veau, qui pourtant y entra, et peut-être n'aurons-nous pas le crédit de l'en faire sortir. Nous ne voulons pas, néanmoins, nous y arrêter davantage.

Gilbert et Mathilde eurent quatre enfants, dont trois filles, nommées Rohesia, Marie, et Agnès; et un fils, qui naquit le 21 décembre 11 18. <-' Ah! petit arche- « vêque î /> s'écria, dit-on, la nourrice en le prenant dans ses bras. Le jour même, après vêpres, l'enfant fut baptisé ; et sur les fonts il reçut le nom du saint Apôtre Thomas, dont on célébrait la fête. Mais la joie de cette naissance ne fut pas sans mélange d'amertume. La journée n'était pas écoulée qu'un incendie considérable causa de grands ravages dans le quartier ; la maison de Gilbert Becket fut gravement atteinte. C'était alors un des fléaux qui rendaient redoutable le séjour de Londres, où la plupart des maisons étaient construites en bois. Mais le sinistre qui marqua le 21 décembre 1118, ne put assombrir pour Mathilde le bonheur que lui apportait la naissance d'un fils. Si nous en croyons les biographes de saint Thomas, plus d'un signe avait préparé la pieuse dame à voir dans la coïncidence des deux événements une intention providentielle (i). Plusieurs songes lui avaient, depuis quelques mois, fait pressentir les hautes destinées réservées par le Ciel à l'enfant qu'elle portait dans son sein. Bien qu'elle n'eût pas pénétré la signification complète de ces avertissements mystérieux, ne murmura-t-elle pas, après sa délivrance, le texte évangélique : Ignem veni mitterc in terrain ? D'ailleurs les présages ne cessèrent point, mais allèrent au contraire se précisant davantage. Une nuit Mathilde eut un nouveau songe. Elle croyait voir que son petit

I. NiHis ne les rapportons pas ici, parce que les récits des biographes qui racontent ces divers songes ne s'accordent pas aisément, et que sur quelques détails même ils se contredisent les uns les autres.

Page 1